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fiche de lecture réalisée par les agrégatifs de l'ENS CachanA propos des théories du capital socialBevort (2003)BEVORT Antoine (2003), « A propos des théories du capital social : du lien social à l’institution politique », Sociologie du travail, n° 3, vol. 45, juillet-septembre |
Note critique sur :
R. Putnam, Bowling Alone. The collapse and revival of American community, NY, 2000.
R. Putnam (ed.), Democracies in Flux. The evolution of social capital in contemporary societies,
T. Skocpol, M. P. Fiorina (éds), Civic engagement in American democracy,
Question de départ : est-ce que sous les effets du succès éditorial de Putnam le capital social est en train de devenir un concept valise ?
Thèse défendue : Putnam, c’est de la science.
Observation : thèse pas convaincante.
Celle de Bourdieu (1980). Bref. Critique : la dynamique des échanges non légitimes reste hors jeu ; n’a pas donné lieu à des investigations empiriques.
Celle de Coleman.
Celle de Putnam s’inspire de Coleman : le capital social « se rapporte aux relations entre individus, aux réseaux sociaux, et aux normes de réciprocité et de confiance qui en émergent ». C’est une ressource collective qui a le pouvoir de faciliter le consentement et le « comportement collectif désirable » (1). Le principe est censé aussi rendre compte de la non absoluité de la détermination des conduites. Un des postulats = « une société caractérisée par la réciprocité généralisée est plus efficiente qu’une société méfiante de la même façon que la monnaie est plus efficient que le troc ». Image du graissage des rouages de la société. Putnam oppose les liens ouverts (bridging) qui relient des groupes et les liens fermés (bounding) qui participent de la constitution de groupes homophiles. Donc converge avec la force des liens faibles. Pour être plus exact, les liens forts sont appréciables pour se rassurer (getting by) et les liens faibles pour avancer (getting ahead).
Burt considère que ce n’est là que métaphore. Pour lui, ce qu’il faut c’est préciser le sens de « better connected » : de façon très utilitariste, c’est le fait de recevoir de meilleurs retours sur investissement dans les relations sociales. Bien sûr pour lui, c’est l’analyse de réseau qui est qualifiée pour déterminer la nature et le rendement des investissements. Programme de Burt (2000) : décrire tous les processus sociaux en ne tenant compte que du nombre, de la forme et de l’orientation des connexions (indépendamment de toute caractéristique attachée à ceux qui établissent ces liens). Limite : toutes les connections n’ont pas la même valeur.
Chez Putnam, l’usage n’est pas seulement métaphorique.
D’abord, c’est obligé que ce soit trop bien parce qu’y a plein de chiffres et tout. A ne pas en douter, il y bien déclin du capital social, et de tout ce qui relève de l’engagement individuel dans l’intérêt collectif. Il y a une tendance à la professionnalisation et à la commercialisation de la participation. Les innovations marginales (par exemple, le bénévolat augmente, mais bon…) ne sont pas suffisantes à compenser le mouvement global. Etre bénévole aujourd'hui c’est faire pour et non plus faire avec. Les mouvements sociaux, c’est rien que des entreprises de mobilisation.
Ensuite il y a une vraie explication avec des facteurs du déclin (comme le surmenage, le commuter way of life, les NTIC), mais surtout c’est un effet de génération. La « long civic génération » (nés en 1900 – 1940) est beaucoup plus engagée que la génération du baby-boom (sûrement parce que ces petits cons ont été trop gâtés, je caricature à peine). Cet effet explique la moitié du déclin à lui seul.
Les Etats américains ont un indicateur de capital social d’autant plus élevé que les enfants sont bien éduqués, qu’ils ne disent pas de gros mots en cours, qu’ils regardent moins la télé et qu’il y a le moins de crimes violents. Bref tout ça tautologique. L’intégration protège par ailleurs du tabagisme et de la pression artérielle élevée.
Donc programme des putnamiens est d’étudier l’évolution des formes, des degrés des modalités et de l’intensité de la participation. (2) et (3) « font le point sur un certain nombre de questions clés ».
(3) : déclinaison historico-institutionnaliste de Putnam : il n’y a pas de lien automatique entre démocratie et confiance, les institutions peuvent même être vues comme des solutions aux relations de méfiance. La coopération n’est pas simplement le résultat de la confiance produite par une socialisation réussie (ils « traitent » Putnam de « néo-durkheimien »). La perspective est donc plus rational choice : les institutions savent trouver les incitations à la confiance et les sanctions anti-opportunisme.
(2) au contraire la confiance est centrale. Infléchissement dans la problématique : constatant que l’on fait plus confiance à des personnes de statut socio-économique élevé, on conclut que le problème est moins la baisse de la participation que le fait que les élites n’assument pas leur rôle.
Donc le rapport capital social – confiance « n’est effectivement pas très clair ». Question indéterminée : la confiance est-elle une composante, une condition ou un produit du capital social ?
De (2) et (3) on pourrait sûrement extraire 20 indicateurs de capital social.
Les résultats des comparaisons internationales : peu de pays présentent le même visage que les EU ; pas de déclin généralisé du capital social, même si presque partout il y a déclin de la participation.
Pas inintéressant sur les transformations de la participation aux associations : aux EU, passage de la domination de « fédérations d’adhérents » qui bien que souvent catégorielles jouaient le rôle de sas vers la participation civile en général à des organisations professionnelles d’assistance et de conseil avec un nombre d’adhérents et une degré d’engagement faible (payer cotisation) : professionnalisation du mouvement social. L’imaginaire est celui de l’expertise, donc très lié à l’affirmation d’une couche de cadres supérieurs. Les organisations sont oligarchiques. Donc objets privilégiés de l’analyse = associations médecins, d’avocats…
(3) Pour comprendre ces transformations, il faut passer d’une analyse en termes de lien social à une analyse en termes d’activités politiques. Les associations sont en effet des promoteurs de législation locale, étatique et nationale. Le capital social n’est pas seulement une « colle » sociale, il produit aussi des règles politiques. Il faut comprendre les associations moins en référence à la confiance qu’en tant que leviers efficaces de l’action collective. Conception non conflictualiste des rapports entre la participation civique et l’état (Skocpol : histoire de l’associationnisme US = histoire d’une symbiose avec l’état). L’extension de la citoyenneté augmente le nombre de gens qui se considèrent politiquement compétents[1]. Pour le dire en gros, le développement de la modernité et le développement des associations vont de pair, contre l’image des associations comme survivance de logiques communautaires face à des logiques de plus en plus sociétaires. Bref le capital social est ici vu comme un ingrédient de la démocratie.
[1] Contre cette idée : Cf. La distinction ou L ’opinion publique n’existe pas sur la distribution du sentiment de compétence politique.
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