imprimer cette page

Préparation à l'agrégation de sciences sociales
Thème " Les réseaux sociaux "

Présentation

 

Family and Social Network

Elizabeth Bott (1957)

imprimer cette page

BOTT Elizabeth (1957), Family and Social Network, London, Tavistock

Mon conseil...
Lecture utile, mais l'ouvrage de Bott peut être difficile à trouver, malgré sa réédition dans les années 70. On pourra donc, pour aller plus vite, se contenter de la présentation qui en est fait dans le livre de Henri Mendras et Marco Oberti (2000), Le sociologue et son terrain. Trente recherches exemplaires, pp. 151-153. Cette présentation est reproduite ci-dessous.

En savoir plus sur Elizabeth Bott
" Bott, a Canadian psychologist, had studied anthropology under Lloyd Warner at Chicago, and it may be assumed that, like Barnes, she had some familiarity with the Yankee City studies. She joined the Tavistock Institute in 1950 and soon began some fieldwork on the lives of a number of British families. Bott was principally concerned with their kinship relations, and she employed the concept of a 'network' as an analytical device for investigating the varying forms taken by these kinship relations. This work was published in two influential articles and a book (Bott, 1955, 1956, 1957), and it was the basis of the PhD that Bott received from the London School of Economics in 1956.
The evolving theoretical framework of her study was undoubtedly influenced by her colleagues at the Tavistock Institute which had, in 1947, joined with the Research Center for Group Dynamics at Ann Arbor to publish the journal Human Relations. As a psychologist with an interest in psychotherapy, she was aware of the work that had been undertaken by Moreno. Indeed, both she and Barnes cited Moreno in their own papers. The more immediate influence on Bott's work, however, was Lewin's field theory, and even Barnes wrote of the existence of distinct 'fields' of activity in Bremnes society. Human Relations published articles by Lewin, Festinger, Newcomb, Cartwright and other American leaders of small-group research, and it was there that both Bott and Barnes published their work on social networks.
Barnes had presented his initial ideas in seminars at Manchester and Oxford during 1953. It was in 1954 that Bott learned of Barnes's work and adopted the term 'network' as the basis of her own theoretical interpretations. By the time that Barnes's article was published, he was working under Raymond Firth at the London School of Economics, where Bott was already registered for her PhD - she presented drafts of her own paper that year at the LSE and at Manchester
(John Scott, Social Networks Analysis : A Handbook, 1987, p. 29.

 

Présentation

Texte extrait de MENDRAS Henri, OBERTI Marco (2000), Le sociologue et son terrain. Trente recherches exemplaires, Paris, Armand Colin, coll. " U ", pp. 151-153

" La découverte centrale de la recherche peut-être formulée de manière concise. Les données ont montré une variété considérable de définition des rôles conjugaux entre maris et femmes, en particulier da~s la quantité de temps dévolue aux activités menées en commun et celles qui étaient menées indifféremment par l'un ou par l'autre, comparé aux activités indépendantes et aux activités complémentaires. Par exemple dans certaines familles la division du travail était marquée: le mari avait des tâches et des responsabilités propres nettement séparées de celles de sa femme. Chaque semaine, il donnait l'argent du ménage à sa femme qui ignorait combien il conservait par devers lui, et quel usage il en faisait. De même le couple ne partageait aucune activité de loisir ou de distraction. L'homme sortait avec ses amis pendant que la femme restait à la maison ou rendait visite à des voisins ou à des parents. Chacun avait ses contacts sociaux personnels; les deux trouvaient cette situation normale. En revanche, dans d'autres familles les deux époux passaient le plus clair de leur temps ensemble, partageaient les mêmes activités et les mêmes intérêts et ne divisaient pas les tâches ménagères de manière aussi rigide. Ils affirmaient que les époux doivent être égaux, partager le plus possible leurs responsabilités et leur temps libre. Et ils mettaient cette doctrine en pratique. Les maris faisaient la lessive et la cuisine régulièrement, les femmes bêchaient le jardin et bricolaient dans la maison. Le temps libre se passait dans les activités communes, répondant à des goûts communs pour la musique, la politique, la littérature ou des réceptions entre amis. Ces comportements leur paraissaient naturels, normaux. Bott définit le premier modèle "séparation des rôles " et le second " communauté des rôles ". Entre ces deux extrêmes on trouvait beaucoup de situations intermédiaires.

La recherche a montré que ces modèles ne se répartissaient pas en fonction des critères sociologiques habituels: revenus, profession ou classe sociale. Certes, la séparation se trouvait plus fréquemment chez les travailleurs manuels tandis que la communauté était plus fréquente dans les professions intellectuelles; mais plusieurs ménages ouvriers étaient " communautaires " et beaucoup de cadres "séparatistes ". Le degré de séparation n'était pas lié non plus à une étape du cycle de vie puisque toutes les familles étaient à la même étape avec de jeunes enfants. Il n'y avait pas non plus d'influence du lieu de résidence: la séparation ne se rencontrait pas plus souvent dans les quartiers anciens de population stable et homogène, ni la communauté dans les quartiers de population hétérogène et instable.
Et pourtant le degré de ségrégation des rôles n'était pas entièrement dû aux particularités personnelles des couples. Les données suggéraient qu'il était en rapport avec la forme des réseaux de relations sociales avec les parents, les voisins et les amis.

Elizabeth Bott a trouvé que toutes les familles étaient liées à des réseaux d'individus plus fréquemment qu'à des groupes organisés. Dans ce dernier cas les individus formaient un tout cohérent, partageaient des buts et des intérêts communs, une culture commune. En revanche, dans les réseaux, les membres n'avaient pas tous des relations les uns avec les autres. Cependant il y avait de grandes variations dans le degré d'entrelacement entre les réseaux. Certains étaient " à mailles très serrées ": la plupart des membres se connaissaient les uns les autres. D'autres étaient à mailles lâches: les liens étaient moins entrelacés. Entre les deux extrêmes des structures différentes existaient. Les données firent apparaître que les familles caractérisées par une séparation des tâches conjugales avaient un réseau à mailles serrées: beaucoup de leurs amis, voisins et parents se connaissaient entre eux et entretenaient des rapports en dehors de la famille étudiée. Réciproquement, les familles aux tâches communes avaient un réseau à mailles lâches d'amis, de voisins et de parents qui ne se connaissaient pas entre eux.
Sur la base de cette découverte, Elizabeth Bott avance une hypothèse forte: le degré de ségrégation dans les rôles conjugaux varie en fonction de l'entrelacement du réseau social de la famille. Cette étrange hypothèse était directement issue des matériaux de l'enquête: les personnes incluses dans un réseau à mailles serrées sont en relation avec des amis qui ont entre eux des relations régulières. Pour maintenir leur participation au réseau, ils ont donc tendance à s'accorder sur des normes communes et à exercer les uns sur les autres une pression informelle pour se conformer à ces normes, à ce consensus. Si les conjoints avaient de tels réseaux avant de se marier et que ces réseaux résistent au mariage, le mariage lui-même se surimpose simplement aux rapports antérieurs: si bien que les conjoints sont conduits à entretenir des activités séparées dans leurs relations externes au couple. Les conjoints continuent à tirer des satisfactions émotives et affectives de ces relations externes et cette séparation externe entraîne une séparation interne. Réciproquement si les conjoints étaient membres de réseaux " lâches " avant de se marier ou si le mariage entraîne une rupture des réseaux " serrés " (du fait des conditions: un déménagement par exemple) alors les conjoints cherchent dans la vie conjugale les satisfactions émotives et affectives et dans ce partage des tâches domestiques.

Les résultats confirment que le type de relation conjugale est plus lié au type de structures de réseaux externes qu'à la position professionnelle et sociale. Une seule famille a des rôles conjugaux séparés et un réseau " serré ". Cinq familles, àl'autre extrême, ont des rôles communs et un réseau " lâche ". A ces exceptions près, Bott explique en grands détails que les types intermédiaires sont conformes à l'hypothèse. Quelques familles étaient en transition d'un modèle à l'autre, généralement à la suite d'un déménagement. Et dans ces cas, l'association entre marnes serrées et séparation des rôles évoluait dans le sens prédit.
Quels sont les facteurs qui poussent au maillage serré?

Visiblement le petit nombre de familles étudié ne permet pas de répondre. Il faut dépasser les données de l'enquête pour identifier les forces qui commandent la densité d'un réseau familial. Les arguments de Bott sont de l'ordre de la spéculation mais n'en sont pas moins très éclairants. Elle suggère que les familles peuvent choisir de présenter leurs amis, voisins et parents les uns aux autres; ou faire le choix inverse. Le rôle des personnalités est donc important, mais l'enquête n'a pas permis de préciser ce point. Dans une société industrielle urbanisée, les liens économiques, les types de vie de quartier, la mobilité géographique et sociale jouent un rôle décisif. Par exemple la densité d'un réseau sera augmentée si des parents peuvent aider à trouver un emploi, s'ils partagent la propriété d'une entreprise ou espèrent un héritage. Dans un réseau fortement localisé les membres qui vivent dans le même quartier ont plus de facilité et d'occasion de se rencontrer. Les réseaux localisés sont plus fréquents dans les quartiers homogènes où les habitants ont le sentiment de se ressembler et de partager la même condition sociale. De même les réseaux sont plus " serrés " si la profession du mari ne lui donne pas l'occasion d'entrer en relation avec des personnes inconnues de son réseau; notamment lorsque ses collègues de travail sont aussi ses voisins.

Tous ces facteurs tendent à créer des réseaux à mailles serrées plus fréquemment, chez les travailleurs manuels et les mailles lâches dans les classes supérieures. Toutefois, Bott souligne que la classe sociale est liée à la densité du réseau par un jeu complexe de facteurs si bien que les réseaux serrés et les réseaux lâches se rencontrent dans toutes les classes sociales: " Les familles à réseaux aux mailles serrées ont des chances d'appartenir à la classe ouvrière, mais toutes les familles de la classe ouvrière n'ont pas de réseaux à mailles serrées. " En revanche, les familles d'agriculteurs paraissent combiner des réseaux à mailles serrées avec une stricte séparation des rôles conjugaux.
Trente ans après, cette recherche est entrée dans le savoir commun. Ses conclusions paraissent évidentes du moment où elles ont été formulées; mail précisément elles n'étaient pas évidentes avant d'être formulées, car personne n'y avait pensé. Une enquête sociologique approfondie était nécessaire pour découvrir les liens entre deux données en apparence sans rapport: les rôles conjugaux et les réseaux sociaux. C'est un bel exemple d'imagination sociologique.

Bien sûr, trente ans après, une masse de recherches s'étant accumulée sur les rôles conjugaux, la " loi de Bott " ne paraît plus aussi sûre. En particulier, il faut distinguer les modèles de la pratique quotidienne, et l'évolution a montré que si le partage des tâches devient une norme très majoritairement acceptée, la répartition des tâches évolue très lentement dans les pratiques. Cependant, dans l'immense littérature aujourd'hui disponible personne n'a remis en question l'hypothèse de Bott, personne ne prétend qu'il n'y a pas de rapport entre rôles conjugaux et réseaux sociaux. "

Source : Gordon Marshall, In Praise of Sociology, Londres, Routledge, 1990, 240 p., traduction Henri Mendras.

 

Table des matières

[non disponible pour l'instant]

 

Références bibliographiques

[non disponible pour l'instant]

 

 

ENS-LSH
Sommet de la page
Section de Sociologie