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Préparation à l'agrégation de sciences sociales. Thème " Les réseaux sociaux "

 

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fiche de lecture réalisée par les agrégatifs de l'ENS Cachan

Le capital social. Notes provisoires

Bourdieu (1980)

BOURDIEU Pierre (1980), « Le capital social. Notes provisoires », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 31, janvier, pp. 2-3

La notion de capital s’est imposée comme le seul moyen de désigner le principe d’ « effets sociaux » qui, bien qu’on les saisisse clairement au niveau des agents singuliers – où se situe inévitablement l’enquête statistique –, ne se laissent pas réduire à l’ensemble des propriétés individuelles possédées par un agent déterminé. Ces effets sont visibles lorsque des individus obtiennent des rendements très différents de capitaux (économique et culturel) ± équivalents en fonction du degré auquel ils peuvent mobiliser le capital d’un autre groupe (la socio reconnaît ici spontanément l’action des « relations »).

« Le capital social est l’ensembles des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’interreconnaissance » (p. 2). Il s’agit de l’appartenance à groupe ie à un ensemble d’agents non pas seulement dotés de propriétés communes mais unis par des liaisons permanentes et utiles. Le volume de capital social que possède un agent dépend de l’étendue du réseau des liaisons qu’il peut effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel et symbolique) possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié.

NB : bien qu’il ne soit pas réductible au capital économique et culturel, le capital social n’en est jamais complètement indépendant du fait que les échanges supposent un minimum d’homogénéité « objective » et qu’il exerce un effet multiplicateur sur le capital possédé en propre. 

Les profits que procure l’appartenance à un groupe sont au fondement de la solidarité qui les rend possibles. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient consciemment poursuivis comme tels même dans le cas des groupes qui, comme les clubs sélects, sont expressément aménagés en vue de concentrer le capital social.

L’existence d’un réseau de liaisons n’est pas un donné naturel, ni même un « donné social », constitué une fois pour toutes et pour toujours par un acte social d’institution, mais le produit du travail d’instauration et d’entretien qui est nécessaire pour produire et reproduire des liaisons durables et utiles. Ce réseau est donc le produit de stratégies d’investissement social orientées consciemment ou non vers l’institution ou la reproduction de relations sociales directement utilisables à ± long terme ; ie vers la transformation de relations contingentes en relations à la fois nécessaires et électives, impliquant des obligations durables subjectivement ressenties ou institutionnellement garanties ; tout cela grâce à « l’alchimie de l’échange » comme communication supposant et produisant la connaissance et la reconnaissance mutuelles.

 L’échange transforme donc les choses échangées en signes de reconnaissance et, à travers la reconnaissance mutuelle et la reconnaissance de l’appartenance au groupe qu’elle implique, produit le groupe et en détermine les limites au-delà desquelles l’échange constitutif ne peut avoir lieu. Chaque membre du groupe se trouve ainsi institué en gardien des limites du groupe : du fait que la définition des critères d’entrée dans le  groupe est en jeu dans toute nouvelle entrée, chaque membre peut modifier le groupe en modifiant les limites de l’échange légitime par une forme quelconque de mésalliance. C’est pourquoi le capital social est tributaire : d’une part de toutes les institutions visant à favoriser les échanges légitimes et à exclure les échanges illégitimes en produisant des occasions, des lieux ou des pratiques rassemblant de manière apparemment fortuite des individus aussi homogènes que possible sous tous les rapports pertinents du point de vue de l’existence et de la persistance du groupe ; d’autre part du travail de sociabilité qui suppose, outre une compétence et des dispositions, acquises, à acquérir et à entretenir cette compétence, une dépense constante de temps et d’efforts, et bien souvent de capital économique.

Aussi longtemps que font défaut les institutions permettant de concentrer entre les mains d’un agent singulier la totalité du capital social qui fonde l’existence d’un groupe, chaque agent participe du capital collectif, symbolisé par le nom de la famille ou de la lignée, mais en proportion directe de son apport personnel, c'est-à-dire dans la mesure où ses actions, ses paroles, sa personne font honneur au groupe.

C’est le même principe qui produit le groupe institué en vue de la concentration du capital et la concurrence à l’intérieur de ce groupe pour l’appropriation du capital produit par cette concentration. Pour circonscrire cette concurrence interne dans les limites au-delà desquelles elle compromettrait l’accumulation du capital qui fonde le groupe, les groupes doivent régler la distribution entre leurs membres du droit à s’instaurer en délégué, à engager le capital social de tout le groupe. Aussi tous les groupes institués délèguent leur capital social à tous leurs membres mais à des degrés très inégaux, tout le capital collectif pouvant être individualisé dans un agent singulier qui le concentre et qui, bien qu’il tienne tout son pouvoir du groupe, peut exercer sur le groupe le pouvoir que ce dernier lui permet de concentrer. Les mécanismes de délégation et de représentation (au double sens du théâtre et du droit) qui s’imposent  comme une des conditions de la concentration du capital social (sentiment d’agir « comme un seul homme »), enferment ainsi le principe d’une détournement qu’ils font exister.

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