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fiche de lecture réalisée par Caroline Covas (ENS-LSH)Deux contre unTheodore Caplow (1968)Caplow T. (1968), Two against One, tr.fr., Deux contre un, Paris, A.Colin, 1971 |
Avertissement : L’ouvrage est composé de dix chapitres d’une importance variable. Certains, portent sur des aspects théoriques, d’autres sur des illustrations faites à partir d’enquêtes menées par d’autres chercheurs ou par des références à des ouvrages littéraires célèbres.
L’auteur se propose d’étudier l’unité fondamentale constitutive du réseau, c’est à dire la triade. Il étudie de manière plus spécifique quelles sont les alliances qui peuvent se nouer dans cette relation à trois, c’est à dire les coalitions.
Il part de la définition de la triade et des coalitions qui surviennent dans ce jeu à trois pour ensuite étudier les triades dont les unités élémentaires sont de plus en plus grandes. En d’autres termes, il étudie la triade organisationnelle, puis la triade familiale pour enfin terminer par les triades dont les unités sont des groupes (comme les partis politiques, les classes sociales par exemple).
Une triade est « un système social comprenant trois éléments, liés entre eux pas une relation durable. » Ce sont, selon l’auteur, les matériaux de base à partir desquels se construisent toutes les organisations sociales. Les éléments pris en compte dans la triade ne sont pas nécessairement des individus : ce peut être des groupes qui jouent le rôle d’unités. Chaque triade comporte trois éléments, A, B et C, l’élément le plus puissant étant par convention l’élément A . Chaque triade permet donc trois combinaisons : AB, BC et AC.
La triade se caractérise par deux propriétés principales :
1. Sa tendance à se diviser pour former une coalition de deux de ses éléments contre le troisième.
2. Ses effets catalyseurs :
o La présence d’un antagoniste accroît notre amitié pour un camarade et la présence d’un ami augmente notre hostilité envers un antagoniste commun.
Par exemple : dans une triade comprenant une coalition BC, la présence de A a tendance à renforcer la solidarité de B et de C et les incite à se témoigner leur estime mutuelle. Mais l’antagonisme entre A et B est rendu plus aigu par la présence de C, tandis que les relations entre A et C ne cessent de se détériorer au voisinage de B.
o Elle modifie le statut organisationnel
Par exemple : dans une usine organisée de façon hiérarchique, le contremaître est beaucoup plus proche de la direction et plus en accord avec elle lorsqu’il n’y a pas d’ouvriers présents. Au contraire, quand il se trouve seul avec un ouvrier, il est moins autoritaire et peut même choisir de s’identifier à l’ouvrier. On parle alors de triades hiérarchiques imbriquées entre elles.
On étudie la répartition des forces mais cela ne suffit pas donc on tient compte des différentes situations où peuvent se trouver les triades :
1. Les situations établies : les éléments de la triades sont liés entre eux de façon permanente, à l’intérieur d’un système social plus vaste qui les contraint à agir les uns sur les autres. Les coalitions se forment dans des buts variés mais la triade doit toujours conserver une certaine unité en dépit de ses divisions internes.
2. Les situations épisodiques : la triade est à l’intérieur d’une institution mais l’objet d’une coalition est de s’assurer l’avantage dans un conflit régi par des lois établies. Par exemple dans une législature, l’épisode est le vote des lois.
3. Les situations terminales : les éléments préfèreraient être seuls et chacun cherche à se débarrasser des autres. Les coalitions se forment dans des buts agressifs et défensifs pour obtenir un profit ou pour se protéger, pour détruire l’adversaire ou pour empêcher d’autres coalitions plus puissantes de se former.
Huit types de triades sont alors envisageables :
1. A = B = C
2. A>B, B=C, A<(B+C)
3. A<B, B=C
4. A>(B+C), B=C
5. A>B>C, A<(B+C)
6. A>B>C, A>(B+C)
7. A>B>C, A=(B+C)
8. A=(B+C), B=C
Simmel n’a jamais étudié directement les coalitions. Son attention s’est centrée sur le rôle du troisième protagoniste qui vient se joindre à une dyade existante et il ne s’est guère préoccupé du choix des partenaires dans la coalition.
Le troisième membre peut avoir trois fonctions selon Simmel :
1. Il est le médiateur : il se situe entre les deux autres membres et les empêche d’engager un conflit ouvert. Il devient le représentant du groupe et défend le programme collectif contre les intérêts privés. Quand il existe une médiateur, il n’existe pas de coalitions.
2. Il est le « tertius gaudens » (le troisième larron) : il fait tourner à son avantage la dissension des deux autres et sacrifie les intérêts du groupe à son programme privé. Il est le partenaire recherché par les deux autres quand ceux ci ont définitivement renoncé à s’associer. Cette situation est donc particulièrement recherchée. (cf. Burt et la théorie des trous structuraux).
3. Il est le despote : il provoque le conflit entre les deux autres pour servir ses propres desseins. Il est conscient des coalitions potentielles et sa tactique consiste à empêcher qu’elles se forment contre lui.
Le jeu de pachisi est un jeu triadique. Il décrit une branche de recherche qui s’est développée depuis plus de dix ans en psychosociologie expérimentale. Un jeu de pachisi expérimental a beaucoup servi en laboratoire pour étudier la formation des coalitions dans les triades. Les résultats semblent confirmer l’hypothèse que les coalitions peuvent se prévoir si l’on connaît la répartition des forces, bien qu’il y ait quelques cas déviants et que l’on fasse parfois des découvertes inattendues.
Tout ce que l’on parvient à apprendre sur les propriétés fondamentales des jeux triadiques peut contribuer à la connaissance de systèmes sociaux beaucoup plus larges et beaucoup plus complexes selon l’auteur.
L’étude du comportement des singes est intéressante dans le sens où ils forment des triades et constituent des coalitions.
L’auteur rend compte d’une enquête réalisée par C. Southwick, M.A. Beg et M.R. Siddig dans « Rhesus Monkeys in North India » : L’un des groupe de singes rhésus comptait quarante membres et comprenaient neuf mâles adultes. Les observateurs ont donné un noms à chaque singe. Ils ont pu déterminer, au terme de l’étude, l’ordre hiérarchique des mâles adultes en mettant sous forme de tableau les résultat de leurs combats.
L’auteur s’appuie aussi sur deux autres enquêtes pour mettre en évidence l’existence de triades chez les singes : celle réalisée par M.Hall et P. DeVore sur les singes des Nairobi et celle de J. Goodall sur les chimpanzés de la Réserve du Gombe au Tanganyika. Cette dernière constate que si un singe peut sembler en dominer un autre pour une période illimitée, son statut de dominance par rapport aux autres peut changer suivant les circonstances.
Ce chapitre théorique constitue un des chapitres fondamental de l’ouvrage. L’auteur décrit et analyse les triades organisationnelles.
Une triade organisationnelle est une triade dont les éléments appartiennent à une organisation qui, par son programme, les force à entrer en interaction. Ces éléments peuvent être soit des individus, soit des collectivités. L’armature de toute organisation est l’ordre hiérarchique (ce qui devrait être), à ne pas confondre avec la répartition réelle des forces (ce qui est vraiment). Or les coalitions sont la cause de la différence entre statut hiérarchique et pouvoir réel.
On distingue trois type de coalitions fondamentales auxquelles l’auteur fera référence dans tous les exemples suivants qui seront donnés dans le livre par la suite :
1. La coalition conservatrice : elle ne dérange pas l’ordre hiérarchique normal dans une triade organisationnelle.
2. La coalition révolutionnaire : c’est une coalition gagnante qui domine l’élément supérieur d’une triade organisationnelle.
3. La coalition illégitime : elle n’est ni révolutionnaire, ni conservatrice.
Pour qu’une organisation soit efficace, il faut que les individus soient motivés. Il arrive que l’intérêt personnel de l’individu soit différent du programme fixé par l’organisation. Cette dernière met alors en place un programme de rémunération qui augmente avec la place hiérarchique.
Trois cas peuvent se produire :
1. Quand deux supérieurs s’allient contre un subordonné, le programme officiel triomphe (coalition conservatrice).
2. Quand deux subordonnés s’allient contre un supérieur, le programme privé l’emporte (coalition révolutionnaire).
3. Quand l’autorité du supérieur s’accroît et que celle du subordonné diminue, la coalition est illégitime.
Type 1 : Un seul niveau hiérarchique : toute les coalitions sont considérées comme révolutionnaires
Type 2 : Deux niveaux hiérarchiques avec un supérieur et deux subordonnés : les coalitions sont révolutionnaires
Type 3 : Deux niveaux hiérarchiques avec deux supérieurs et un subordonné : les coalitions sont conservatrices ou révolutionnaires.
Type 4 : Deux niveaux hiérarchiques avec un supérieur ayant beaucoup de pouvoir et deux subordonnés : les coalitions sont conservatrices
Type 5 : Trois niveaux hiérarchiques avec aucun des éléments égaux : la coalition est révolutionnaire, conservatrice ou illégitime
Type 6 : Trois niveaux hiérarchiques avec aucun des éléments égaux : la coalition est conservatrice
Type 7 : Trois niveaux hiérarchiques avec aucun des éléments égaux et où la coalition est illégitime.
Type 8 : Deux niveaux hiérarchiques avec un supérieur et deux subordonnés : la coalition est illégitime.
C’est la coalition gagnante minima qui a le plus de chance de se former dans tous les types de triades. Or ce résultat établi par Gamson est identique aux coalitions révolutionnaires des triades organisationnelles. Ceux qui conçoivent la structure d’une organisation s’efforcent d’éviter les triades de type 2, 3 et 5. Mais c’est difficile à éviter car les interactions entre égaux est une nécessité. La solution pour éviter une triade révolutionnaire est le schisme hiérarchique (cf. chapitre 9) qui interdit toute fraternisation entre les partenaires d’une éventuelle coalition.
Une hiérarchie qui a plus de trois degrés peut se représenter sous la forme de triades reliées entre elles. A l’intérieur de la chaîne, les coalitions révolutionnaires se transforment en strates hiérarchiques.
Exemple :
On a sept niveaux et cinq triades de type 5 (car chaque supérieur est plus faible que l’association de deux subordonnés immédiats).
On déduit deux principes :
1. Dans une série de triades reliées entre elles, deux éléments ne peuvent être partenaires dans une triade et adversaires dans l’autre.
2. Dans une série de triades reliées entre elles, un acteur qui a le choix entre deux coalitions gagnantes incompatibles choisira la coalition gagnante située dans la triade supérieure.
Donc les coalitions révolutionnaires formées pour s’emparer du pouvoir dans les triades supérieures se transforment dans les triades inférieures en coalitions conservatrices qui renforcent l’ordre hiérarchique.
La triade familiale envisagée dans cette partie est la triade familiale primaire composée des parents et de leur enfant. Le père est représenté par la lettre A, la mère par B, l’enfant par C.
Selon T. Caplow, la triade primaire est organisée et hiérarchique, à l’image des triades organisationnelles précédemment étudiée : il existe des tensions entre le programme officiel imposé par les dirigeants (ici les parents) et soutenu par le système social global et les programmes privés poursuivis par ses membres (ici l’enfant). Les familles ont, selon l’auteur, une identité collective distincte, un programme d’activités visant des buts précis, des membres en nombre limité et des procédures pour en nommer de nouveaux (comme les mariages, les cérémonies de naissance…).
On dénombre trois formes de triade primaire :
1. La famille patripotestale : elle est de type 6 avec A > B > C et A > (B+C). Dans cette famille, la domination de la mère sur l’enfant est moins forte que celle du père mais elle tend à persister quand l’enfant grandit. La mère et l’enfant ont intérêt à former une coalition conservatrice BC pour résister au père. La famille patriarcale s’accompagne de la polygamie.
2. La famille équipotestale : c’est une famille où le mari et la femme sont essentiellement égaux avec une domination légère de l’un ou de l’autre. Chacun des parents peut être dominé par l’alliance de l’autre avec tout enfant sorti du premier âge.
3. La famille matripotestale : le père ne reconnaît pas l’autorité féminine mais il n’est qu’un membre marginal de la famille et ne subvient à ses besoins que de façon épisodique.
Deux catégories d’alliances sont possibles :
1. Celles de deux partenaires semblables (comme un couple mari et femme) contre un adversaire dissemblable.
2. Celles de deux partenaires dissemblables (comme un parent et un enfant) contre un adversaire semblable à l’un des partenaires.
D’autres triades familiales sont envisageables dans le cadre de la famille nucléaire: les triades père-mère-fille, mère-fils-fille ou père-mère-grand mère par exemple.
On part de deux postulats pour expliquer le choix du partenaire :
1. Dans une série de triades liées entre elles, deux acteurs ne peuvent être partenaires dans une triade et adversaire dans une autre.
2. Dans une série de triades liées entre elles, un acteur qui a le choix entre deux coalitions gagnantes incompatibles choisira la coalition gagnante située dans la triade supérieure.
Trois conséquences en découlent :
1. Le partenaire qui a été choisi par une coalition gagnante dans une triade sera choisi à nouveau par le même partenaire chaque fois qu’il est libre pour former une coalition gagnante dans une autre triade liée à la première.
2. L’élément supérieur d’une triade hiérarchique préfèrera une coalition gagnante de type conservateur à une coalition gagnante de type illégitime.
3. Une coalition gagnante dans une triade supérieure est toujours préférée à une coalition incompatible et non gagnante dans une triade supérieure.
La triade solidaire est une coalition à trois. Elle est équilibrée du type « les amis de mes amis sont mes amis, les ennemis de mes amis sont mes ennemis ».
Limite de la théorie des coalitions :
Elle ne traite que de conflits alors que la famille est coopérative.
T. Caplow étudie plusieurs configurations parentales qui ont une importance sociale et sentimentales dans presque toutes les sociétés connues.
L’auteur s’appuie en particulier sur deux études.
L’une a été réalisée par Nadel qui a comparé dix tribus du Soudan.
L’autre a été effectuée par D. Apple dans The social structure of grandparenthood (in American Anthropologist, 1958). D. Apple conclut que dans les sociétés où les relations avec les petits enfants sont les mêmes pour les grands parents des deux côtés de la famille, si la génération des grands parents continue à exercer son autorité sur celle des parents après que ceux ci aient eux mêmes des enfants, alors les relations des grands parents avec leurs petits enfants ne s’établira pas sur un plan d’égalité affectueuse. Et inversement.
T. Caplow rend compte de l’enquête menée dans le Minnesota sur 23 coalitions entre frères et sœurs. Sur ces 23 coalitions, 21 comprenaient des partenaires du même sexe et la différence d’âge entre les partenaires de chaque coalition est sensiblement inférieure à celle qui existe entre les non partenaires. La distribution des forces ne joue pas beaucoup car les différences de pouvoir sont minimes. Donc les partenaires se choisissent en fonction de leurs caractéristiques communes.
Les relations froides sont les attitudes autoritaires et sévères, ou portent sur des intérêts matériels conflictuels ou quand les personnes appartiennent à des classes ou à des clans différents.
Les relations chaleureuses sont débarrassées de toute autorité formelle, des tabous rigides, des conflits d’intérêts ou de loyauté.
On peut dire qu’il y a coalition quand dans une triade, on observe une relation chaleureuse et deux relations froides.
La relation entre le beau fils et sa belle mère est pour l’auteur un exemple de relation froide. Elle empêche la formation de la triade « mari – femme – mère de la femme ». C’est une sorte de mécanisme social servant à maintenir les liens entre les trois acteurs tout en les empêchant de former une triade.
T. Caplow s’appuie sur la théorie de Murdock pour mettre en évidence cet exemple de relation chaleureuse. Cette théorie affirme que pour un homme, les plaisanteries ne sont jamais la règle envers sa femme ou sa mère mais qu’il n’est jamais obligé d’éviter sa grand mère et doit souvent avoir avec elle des relations de plaisanterie.
Ce chapitre vise à montrer comment à partir de cette pièce, on peut montrer que des coalitions se forment dans une famille. Mais ce chapitre est peu intéressant dans la mesure où il résume plus la pièce qu’il ne l’analyse en rapport avec les coalitions.
T. Caplow étudie les triades qui se constituent dans des structures importantes (plus grande que la famille), c’est à dire dans les bureaux et dans les usines. Dans ces grandes organisations où des intérêts spécifiques sont en jeu, le processus de formation des coalitions est spécifique.
Une caractéristiques ressort d’emblée : certaines de ces triades peuvent être composées de membres individuels comme de membres collectifs. Ainsi, certains modèles triadiques réapparaissent sous des formes différentes.
Il remarque que les coalitions formées dans les triades hiérarchiques à trois niveaux sont incompatibles avec la solidarité du groupe de pairs. Ce schéma marche aussi bien dans les coalitions conservatrices qui favorise la bonne marche de l’organisation que dans les triades révolutionnaires qui dépendent des intérêts personnels des membres. On ne trouve des solutions à cette situation que dans des circonstances exceptionnelles. Les membres sont ainsi amenés à choisir entre la solidarité verticale et la solidarité horizontale. La première dépend de la distribution des forces dans les triades hiérarchiques, la seconde dépend du nombre et de la proximité des pairs.
Le schisme hiérarchique existe dans la plupart des grandes organisations. Il divise les membres en catégories bien distinctes sans aucun chevauchement entre elles comme les officiers et les homme de troupe, la direction et les ouvriers, le clergé et les laïcs. Il existe une barrière entre la couche inférieure et la couche supérieure de telle sorte qu’aucun membre de la couche inférieure ne peut être égale à un membre de la couche supérieure.
Cette sous partie fait explicitement référence à l’analyse stratégique de M. Crozier.
Ce dernier chapitre concerne les triades dont les acteurs sont des collectivités beaucoup plus vastes comme les partis politiques, les classes sociales, les nations ou même les groupes de nations. L’auteur met en évidence les modèles triadiques des guerres et des révolutions et les liens entre eux.
Elle est composée de son propre camp, du camp adverse et d’un groupe d’éléments qui pourraient intervenir. Ce dernier, appelé le témoin, se joint au conflit en formant une coalition avec l’un des antagonistes et espère presque toujours que la nouvelle coalition dominera la triade. Mais l’issue de tout conflit est par essence incertaine et il subsiste toujours une possibilité que l’intervention échoue, soit que la force des partis en présence ait été mal estimée, soit qu’un nouveau témoin, attiré par la nouvelle forme prise par le conflit n’intervienne à son tour.
Toute crise internationale exerce un pouvoir d’attraction sur les grandes puissances qui en sont témoins et elle polarise d’énormes forces au bord de la guerre. Il existe seulement deux possibilités à part la guerre : la domination impérialiste et l’équilibre des forces.
Cette situation se produit quand les circonstances ne permettent ni l’établissement d’un pouvoir impérialiste, ni la fusion des puissances rivales en un super Etat unifié. Mais cette forme triadique est instable car c’est une répartition stable des forces dans une triade sans coalition.
La triade où se réalise l’équilibre des forces est obligatoirement une de celles dans laquelle toute coalition est une coalition gagnante. Par exemple, ce peut être la triade de type 5 où il n’y a pas de membres égaux et qui ne permet donc pas de coalitions entre égaux.
On assiste à une situation d’équilibre dans la mesure où bien qu’aucune coalition ne soit formée, la possibilité demeure et les chances qu’il s’en forme s’accroît nettement si la répartition initiale des forces s’en trouve modifiée. En effet, quand une puissance attaque une autre, la troisième comprend immédiatement que si l’attaquant gagne, il y aura soit fusion des deux antagonistes, soit coalition du vainqueur et du vaincu et que de toute façon il se trouvera en état d’infériorité dans la nouvelle situation.
Ainsi, chaque membre de la triade est dissuadé d’en attaquer un autre par la quasi certitude que son attaque pousserait les deux autres puissances dans une coalition gagnante dont il ferait les frais.
Elle concerne les trois partis : la gauche, la droite et le centre.
La forme triadique composée de la droite, de la gauche et du centre n’implique pas forcément l’existence de trois partis. Par exemple le scrutin majoritaire favorise le bipartisme, la représentation proportionnelle favorise la multiplication des petits partis.
La coalition est le processus central de tout système parlementaire de gouvernement puisqu’il faut former une coalition gagnante pour aboutir à toute action légitime (système bipartite).
Dans un système multipartite, les coalitions tendent donc à la formation d’une majorité ou d’une pluralité suffisante pour pouvoir constituer un cabinet et un gouvernement. Aucun des partis ne peut y parvenir seul et les coalitions sont une nécessité institutionnelle dans les Etats à partis multiples.
La triade se compose du gouvernement, des armées et des masses.
Quand le système est parlementaire, l’armée et le peuple obéissent au gouvernement qui détient le monopole de la violence. Mais dès que le pouvoir est menacé par la droite, la gauche ou les deux partis, l’armée devient une force politique , souvent la plus puissante de toutes.
Même quand les institutions parlementaires ont été balayées et remplacées par une dictature de droite ou de gauche, c’est la triade gouvernement – armée – masses qui continue à commander pour que le régime survive.
Edwards a mis en parallèle quatre révolutions classiques : celles d’Angleterre, des Etats Unis, de La Révolution Française et de la Révolution russe.
Il analyse plusieurs ressemblances, parmi les plus importantes :
1. Elles commencent par une manifestation violente que le régime a été incapable de maîtriser
2. La création d’une milice armée
3. L’apparition spontanée de nouvelles formes de représentation locale
Il constate aussi que trois factions sont en présence eu début d’une révolution dite « classique » :
1. Les conservateurs
2. Les réformateurs modérés
3. Les radicaux.
Quand la révolution éclate, ils forment une triade de type 5. Il existe donc pour Edwards un cycle spécifique de révolution qui suit un cycle naturel.