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Préparation à l'agrégation de sciences sociales. Thème " Les réseaux sociaux "

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fiche de lecture réalisée par les agrégatifs de l'ENS Cachan

Social Capital in the Foundation of Human Capital

Coleman (1988)

COLEMAN James S. (1988), « Social Capital in the Creation of Human Capital », American Journal of Sociology, vol. 94, supplement, pp. 95-120

COLEMAN James S. (1994), « Social Capital », Foundations of Social Theory, Cambridge, Belknap University Press, chapitre 12

 

Remarque :

Ces deux textes étant très redondants, il s’agit d’une synthèse[1].

Sur le chapitre 12 des Foundations of Social Theory, voir aussi la fiche de lecture de Paul Costey (ENS-LSH).

Résumé :

Ce papier introduit et illustre le concept de capital social, décrit ses formes, les conditions sociales structurelles (« social structural conditions »[2]) de son apparition. L’utilisation du concept de capital social fait partie d’une stratégie théorique générale discutée dans ce texte : stratégie prenant l’action rationnelle comme point de départ mais rejetant les principes d’extrême individualisme qui l’accompagne souvent. La conception du capital social comme une ressource pour l’action est une manière d’introduire la structure sociale dans le paradigme de l’action rationnelle. Trois formes de capital social sont examinées ici : les devoirs (« obligations ») et les attentes (« expectations »), les canaux d’information (« information channels »), et les normes sociales. La première et la troisième de ces formes de capital social sont facilitées par la fermeture de la structure sociale dont le rôle est décrit L’effet du capital social au sein de la famille et dans la communauté extérieure à la famille est aussi analysé.

Il y a deux courants intellectuels répandus concernant la description et l’explication de l’action sociale. La première (caractéristique du travail de beaucoup de sociologues) voit les acteurs comme étant socialisés et les actions gouvernées par des normes sociales, des règles et des devoirs. Son principal intérêt est de décrire l’action située, et d’expliquer la manière dont l’action est façonnée, contrainte et orientée par le contexte social.

La seconde (caractéristique du travail de nombreux économistes) voit les acteurs comme ayant des objectifs à atteindre, comme agissant de façon indépendante, et comme étant entièrement guidés par l’intérêt individuel.

Coleman prétend alors agir pour le développement d’une orientation théorique en sociologie incluant des éléments de ces deux courants intellectuels. Il admet l’idée d’une action rationnelle ou intentionnelle et tend à montrer comment ce principe, dans un contexte social particulier, peut expliquer non seulement les actions des individus dans des contextes sociaux particuliers, mais aussi le développement de l’organisation sociale.

Le résultat de diverses formes d’échange et des transferts unilatéraux du contrôle, que les acteurs mettent en œuvre pour atteindre leurs buts, est la formation de relations sociales qui ont une certaine persistance dans le temps. Les relations sociales qui naissent lorsque les individus tentent de faire le meilleur usage de leurs ressources individuelles ne doivent pas seulement être vues comme des composantes de la structure sociale. Elles peuvent aussi être vues comme des ressources pour les individus. Loury[3] introduit le terme de « capital social » pour décrire ces ressources.

Critiques et révisions

Les deux courants précédemment cités ont de sérieux défauts.

Le premier avançant que l’acteur est façonné par son environnement ne conçoit pas l’existence de ressorts internes de l’action qui donneraient à l’acteur une intention ou une direction.

Le second, au contraire, se heurte à la réalité empirique : les actions des individus sont façonnées, réorientées, contraintes par le contexte social. Les normes, la confiance, les réseaux sociaux, et l’organisation sociale sont importants non seulement dans le fonctionnement de la société, mais aussi dans celui de l’économie.

Coleman dénonce alors la fiction de la « main invisible » de Smith qui est selon lui largement répandue dans les sociétés modernes (cf. philo politique du droit naturel ou théorie économie classique et néoclassique, et le mouvement d’individualisation de la société) et selon laquelle la société est un ensemble d’individus indépendants, poursuivant chacun des objectifs qu’ils atteignent indépendamment les uns des autres, le fonctionnement du système social consistant alors en la combinaison des actions de ces individus. Or les individus n’agissent pas indépendamment les uns des autres, les objectifs ne sont pas indépendant et les intérêts ne sont pas totalement égoïstes C’est pourquoi d’ailleurs la reconnaissance de ce biais individualiste a conduit à la révision de la théorie économique standard. De nombreux auteurs de ces deux courants, conscients de ces limites, ont tenté de proposer des révisions en s’inspirant du courant opposé au leur.

 Loury introduit par exemple le concept de capital social en économie pour identifier les ressources sociales utiles au développement du capital humain. Ben-Porath (198 in Population and development review) a par exemple montré la façon dont ce qu’il appelle les « F-connection » (family, friends and firms), affectent les échanges économiques. On pense aussi ici aux travaux de la Nouvelle Economie institutionnelle qui tente, au sein même de la théorie NC, de montrer à la fois les conditions d’apparition d’institutions économiques particulières et les effets de ces institutions sur le fonctionnement du système

Il y a eu également des travaux de sociologues visant à montrer la façon dont l’organisation sociale affecte l’activité économique (cf. Baker qui a montré que les relations entre les courtiers affectent leurs travail même sur un marché aussi rationalisé que celui du Chicago Option Exchange ; cf. surtout Granovetter).

Tous ces travaux ont  pour but de réviser l’analyse du fonctionnement du système économique en gardant le principe de l’action rationnelle sur lequel ils surimposent le contexte social.

Le but de Coleman est quelque peu différent. Il s’agit pour lui d’importer le principe économique de l’action rationnelle dans l’analyse des systèmes sociaux, incluant le système économique mais en ne se limitant pas à ce dernier, le tout sans oublier l’organisation sociale.

Le concept de capital social est alors un outil pour mener à bien son analyse.

Social capital

La plupart des travaux qui introduisent la « théorie de l’échange » en sociologie ont deux limites principales. La première réside dans le fait qu’ils se limitent souvent à l’analyse des relations microsociales (alors que l’une des principales vertus de la théorie économique est sa capacité à faire le pont entre micro et macro en passant des relations entre deux personnes à des systèmes). La seconde tient à l’introduction ad hoc de certains principes comme la « justice distributive » ou la « norme de réciprocité ».

Si l’on commence une théorie de l’action rationnelle, dans laquelle l’acteur a le contrôle de certaines ressources et s’intéresse à d’autres, le capital social constitue un type particulier de ressources disponibles pour un acteur.

Le capital social est défini par sa fonction. Ce n’est pas une entité singulière mais une variété d’entités ayant deux caractéristiques communes : elles consistent toutes en un aspect de la structure sociale, et elles facilitent certaines actions des individus au sein de cette structure. Comme les autres formes de capitaux, le capital social est productif. Il n’est pas complètement fongible. Une forme donnée de capital social utile pour certaines actions ne le sera pas forcément pour d’autres. Contrairement aux autres formes de capitaux, le capital social n’est pas « logé » à l’intérieur des individus ou des facteurs physique de production, mais il est inhérent à la structure des relations entre et parmi les personnes.

L’organisation sociale constitue un capital social ; un des exemples donnés par Coleman est celui d’un groupe d’étudiants activistes radicaux en Corée du Sud dont l’action se déroule dans des « cercles d’études » clandestins. Il montre que ces étudiants sont issus de la même école, de la même église ou du même quartier. Ces étudiants ne se rencontrent jamais afin d’éviter d’être découverts, mais communiquent par l’intermédiaire d’un représentant attitré. Coleman montre alors que cet exemple illustre un capital social de deux sortes : les mêmes école, église ou quartier fournissent des relations sociales sur lesquelles pourront plus tard être bâtis ces cercles d’études, qui eux-mêmes constituent une forme de capital social, une forme cellulaire d’organisation qui apparaît utile pour faciliter l’opposition à un système politique intolérant à l’égard de la dissidence.

Capital humain et capital social

Tout comme le capital physique est créé par des changements dans les matériaux  pour former des outils qui facilitent la production, le capital humain est créé par des changements dans les personnes qui entraînent des compétences et des capacités leur permettant d’agir de façons nouvelles. Le capital social provient des changements dans les relations avec les personnes, changements qui facilitent l’action. Le capital physique est totalement tangible dans la mesure où il est incorporée dans des formes matérielles observables, le capital humain l’est moins dans la mesure où il est concrétisé dans les habiletés et les connaissances acquises par un individu, le capital social l’est encore moins puisqu’il existe dans les relations entre personnes. Les trois capitaux cependant facilitent l’activité productive.

La distinction entre le capital humain et le capital social peut être représentée par le diagramme ci-contre.

Le capital humain réside dans les nœuds et le capital social dans les lignes reliant les nœuds. Les deux capitaux sont souvent complémentaires. Par exemple si B est un enfant et A un adulte parent avec B, alors pour que A favorise le développement cognitif de B, il doit y avoir capital à la fois dans le nœud et dans la ligne. Il doit y avoir du capital humain en A et du capital social entre A et B.

Les formes du capital social

La valeur du concept de capital social réside premièrement dans le fait qu’il identifie certains aspects de la structure sociale par leur fonction (tout comme le concept « chaise » identifie certains objets physique par leur fonction), en dépit des différences de forme, d’apparence et de constitution. En identifiant la fonction de certains aspects de la structure sociale, le concept de capital social constitue :

- une aide pour expliquer différents résultats au niveau de l’acteur individuel ;                                       

- une aide pou faire la transition micro-macro  sans élaborer les détails socio structurels à travers lesquels elle a lieu.

(Dans l’exemple des cercles d’études sud coréens, ces cercles constituent un capital social que les étudiants peuvent utiliser dans leurs activités révolutionnaires en affirmant que les groupes constituent une ressource qui aide les étudiants à passer de la protestation individuelle à la révolte collective.)

Bien sûr pour certains autres sujets, les détails de telles ressources organisationnelles devront être étudiés pour comprendre les éléments qui sont cruciaux par leur utilité en tant que ressource pour un but donné, et pour examiner comment ils apparaissent dans un cas particulier. Mais le concept de capital social permet de prendre de telles ressources et de montrer comment elles peuvent être combinées avec d’autres ressources pour produire différents « system-level behavior », ou dans d’autres cas, différentes conséquences pour les individus.

Bien que pour ces sujets, le capital social reste non analysé, il signale au chercheur et au lecteur que quelque chose qui a de la valeur a été produit pour les acteurs qui disposent de cette ressource, et que cette valeur repose sur l’organisation sociale. L’analyse du concept, la découverte des éléments de l’organisation sociale qui contribuent à la valeur produite, constituent une seconde étape.

Si le capital social tend à devenir aussi utile comme concept quantitatif en sciences sociales que les concepts de capital financier, capital physique et capital humain, sa valeur réelle réside dans son utilité pour les analyses qualitatives des systèmes sociaux, et pour les analyses quantitatives qui emploient des indicateurs quantitatifs.

Dans d’anciens travaux, Lin (1988) et De Graf et Flap (1988), dans la perspective de l’individualisme méthodologique, ont montré comment des ressources informelles sont utilisées de manière instrumentale dans la mobilité professionnelle aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en RFA et en Hollande. Lin s’est concentré sur les liens sociaux, spécialement les liens faibles.

Obligations, attentes, et confiance des structures (« trustworthiness of structures »).

Si A fait quelque chose pour B et croit en la réciprocité de B dans le futur, cela établit une attente pour A et une obligation pour B. Cette obligation peut être conçue comme un crédit que A accorde à B. Si A « accorde » de la même façon des crédits à un grand nombre de personnes avec qui il a des relations, alors l’analogie avec le capital financier est immédiate. Ces crédits constituent un large « actif » que A peut mobiliser si besoin est – sauf bien sûr si son placement était mal avisé et que les dettes ne sont pas remboursées.

Cette forme de capital social dépend de deux éléments : la confiance en l’environnement social (ce qui signifie que les obligations seront satisfaites), et l’étendue réelle des obligations. Les structures sociales se différencient en fonction de ces deux dimensions, et les acteurs au sein d’une même structure en fonction de la deuxième dimension. Ces différences ont des causes très diverses : les besoins d’aide des personnes, l’existence d’autres sources d’aide (comme les services de « welfare » d’un gouvernement), les degrés de richesse, les différences culturelles dans la tendance à accorder ou à demander de l’aide au sein des réseaux sociaux, de la logistique des contacts sociaux, le degré d’organisation sociale et d’autres facteurs. Mais quelle qu’en soi la source, plus un individu a fait naître des obligations chez d’autres personnes, plus il a de capital social sur lequel il peut compter.

Coleman illustre l’asymétrie dans l’ensemble des obligations et des attentes et l’importance de la confiance en donnant l’exemple de la crise du système de soins aux Etats-Unis : traditionnellement, les relations entre les médecins et leurs patients sont des relations dans lesquelles le patient fait confiance au praticien, et le praticien utilise ses compétences médicales dans l’intérêt du patient. Mais cette confiance s’est récemment brisée (la preuve en est la multiplication des procès intentés à des médecins). Ce déclin, au-delà du fait qu’il a conduit à une augmentation du prix des soins (assurances), a eu comme conséquence néfaste de réduire l’accès aux soins. Il s’explique par différents facteurs : le développement de l’éducation a amoindri le monopole des médecins sur les connaissances médicales ; la probabilité qu’il y ait une relation de type personnel entre une médecin et son patient est faible puisque les individus vont de moins en moins chez un médecin de famille et de plus en plus chez des spécialistes pour chaque problème particulier ; … plusieurs facteurs dont la combinaison a réduit le capital social qui empêchait les médecins de devenir de leurs patients mécontents des suites de leurs traitements.

=>Why do rational actors create obligation? Si certaines variations de l’étendue des obligations proviennent de changements sociaux (tels qu’ils viennent d’être décrits), d’autres paraissent découler de la création intentionnelle d’une personne faisant quelque chose pour une autre (le don a été interprété dans cet esprit par exemple ; cf. le potlatch étudié par Mauss). Si les motifs sont a priori clairs lorsqu’ils s’agit de se libérer d’une obligation, ils le sont moins lorsqu’ils s’agit de créer une obligation envers soi-même. S’il existe une chance non nulle que l’obligation ne soit pas satisfaite, alors il apparaît que des individus rationnels n’accorderont des crédits que s’ils attendent quelque chose de plus important en retour. La question se pose donc lorsque les obligations n’ont rien pour faire en sorte qu’une personne rationnelle soit intéressée dans l’établissement et le maintien de telles obligations de la part d’autres personnes envers elle-même.

Selon Coleman, une des réponses possibles est que lorsque je rends service à quelqu’un, cela arrive généralement à un moment où cette personne a un réel besoin et que cela n’engage qu’un très faible coût pour moi. Si je suis purement rationnel et égoïste, je vais considérer que l’importance de mon service aux yeux de la personne est suffisamment grande pour que cette dernière soit prête à me rendre service lorsque j’en aurai besoin, et que cela me rapportera plus que ce que cela m’a coûté, sauf bien sûr si la personne est aussi « dans le besoin » en ce moment là. Le profit du donateur dépend du fait que le « receveur » ne rembourse pas tant que le donneur n’en a pas besoin.

D’autre part, une personne rationnelle tentera d’empêcher les autres de lui accorder une faveur, ou de se défaire d’une obligation quand il le veut plutôt qu’au moment où son donateur en aura besoin (car cela peut se produire à un mauvais moment et donc coûter plus cher). Donc en principe, il y a une tension entre une personne voulant rendre service à une autre et l’autre ne voulant pas recevoir cette faveur, ou une tension entre une personne voulant rembourser sa dette alors que son créditeur ne veut pas être remboursé.

Les chaînes d’information.

Une forme importante de capital social est la capacité d’information qui est inhérente aux relations sociales. L’information est importante pour fournir une base à l’action. Mais l’acquisition d’information est coûteuse. Une des façons d’en acquérir est alors d’utiliser ses relations sociales maintenues pour d’autres motifs. Exemples : Katz et Lazarsfeld (1955, Personal Influence) montre que ce concept opère pour les femmes dans différentes sphères de leur vie : par exemple, une femme qui veut être à la mode mais qui n’est pas à la pointe de la mode, va utiliser ses amies comme sources d’information. Une personne qui n’est pas véritablement intéressée par l’actualité mais qui veut resté informée, épargnera le temps consacré à la lecture de journaux en en obtenant ces informations d’amis plus au fait de l’actualité.

Ces relations ne sont pas mobilisées comme capital social parce qu’elles ont des obligations envers l’individu, mais elles le sont parce qu’elles constituent des sources d’information.

Normes et sanctions

Quand une norme existe et a des effets, elle constitue une puissante, bien que parfois fragile, forme de capital social. Cette forme de capital, comme les autres formes évoquées précédemment, non seulement facilite certaines actions, mais en contraint d’autres. Par exemple les normes interdisant le crime permettent aux femmes de se promener librement la nuit et aux personnes âgées de sortir sans crainte de chez elles. Pour Coleman la norme selon laquelle la poursuite des intérêts particuliers conduit à l’intérêt général est une forme essentielle de capital social au sein d’une collectivité. Ces normes sont soutenues par des sanctions internes ou externes.

 Cependant de telles normes peuvent réduire les innovations non seulement dans des actions déviantes qui peuvent être dommageables, mais aussi dans des actions déviantes qui pourraient profiter à tout le monde (cf. Merton).

Les relations d’autorité

Si A transfère des droits de contrôler certaines actions à B, alors B disposera d’un capital social sous la forme de ces droits de contrôle. Si un certain nombre d’acteurs transfèrent des droits similaires à B, ce dernier disposera d’un large ensemble de capital social qui pourra être concentré sur certaines activités. B disposera bien sûr de plus de pouvoir, mais la concentration de ces droits en un seul individu va accroître le capital social total en dépassant le problème du passager clandestin (auquel sont confrontés des individus ayant des intérêts communs mais qui ne sont pas soumis à une même autorité).

La structure sociale qui facilite le capital social.

Toutes les relations sociales et les structures sociales facilitent certaines formes de capital social. Cependant certaines structures sociales sont plus avantageuses que d’autres pour certaines formes de capital.

Fermeture des réseaux sociaux

Une des propriétés des relations sociales dont dépendent les normes est ce que Coleman appelle la « fermeture ». En général on peut dire que l’action, qui a des effets externes sur autrui, est une condition nécessaire mais pas suffisante pour l’émergence de normes. Les normes apparaissent pour limiter les effets externes négatifs et encourager les effets positifs. Mais, dans de nombreuses structures sociales où de telles conditions sont réunies, les normes n’existent pas. La raison tient à ce qui peut être décrit comme un manque de fermeture de la structure sociale.

En voici l’illustration :

Dans la figure (a), A est en relation avec B et C produit des externalités négatives sur B et C. Or B et C n’ont pas de relation entre eux, ils n’ont donc pas assez de pouvoir pour contraindre l’action de A. Au contraire, dans la figure (b) qui représente une structure fermée, B et C peuvent se combiner pour donner lieu  à une sanction collective. 

La fermeture de la structure sociale est non seulement importante pour que les normes existent, mais elle l’est aussi pour une autre forme de capital social : la « loyauté » de la structure sociale qui permet la multiplication des attentes et des obligations.

L’organisation sociale accessible (« appropriable social organization »).

Les organisations volontaires sont mises en œuvres pour aider ceux qui les initient à atteindre leur but. Une organisation qui a été créée pour un motif spécifique devient disponible pour être appropriée pour d’autres motifs., ce qui constitue un capital social important pour les individus  qui ont alors accès aux ressources organisationnelles.

On peut ici citer la distinction établie par Max Gluckman (1967) entre relations simplexes et relations multiplexes. Dans les secondes les individus sont liés dans plus d’un contexte, alors que dans les premières, les individus ne sont reliés que dans une de ses relations. L’avantage des relations multiplexes est qu’elles permettent de s’approprier les ressources d’une relation pour les utiliser dans une autre.

Le capital social dans la création du capital humain

L’un des effets particulièrement important du capital social est la création du capital humain dans la génération suivante.

Le capital social dans la famille.

Le « background » familial n’est pas une entité ; il comprend trois composantes : le capital financier, le capital humain et le capital social (le second étant inutile sans le dernier). On entend par capital social les relations entre les parents et les enfants, il est donc important dans le développement intellectuel et dépend à la fois de la présence physique et de l’attention des adultes (cf. précédemment la distinction entre nœuds et traits).

Le capital social à l’extérieur de la famille.

Le capital social est important pour l’éducation de la jeunesse et dans la création du capital humain. Il existe des différences fondamentales entre le capital social et d’autres formes de capitaux, différences qui ont des implications fortes sur le développement de la jeunesse.

L’aspect « bien public » du capital social.

Le capital social a certaines propriétés qui le distinguent des biens privés, divisibles et exclusifs. L’une d’elle est qu’il est inaliénable (cf. Loury). Bien que ce soit une ressource qui a de la valeur lors de son usage, il est difficilement échangeable. En tant qu’attribut de la structure sociale dans laquelle une personne est encastrée, le capital social n’est pas la propriété des personnes qui en tirent profit.

Le capital physique est d’ordinaire un bien privé (on retrouve cette caractéristique dans la définition des droits de propriétés) ; il incite donc à investir. Il en est de même pour le capital humain du moins tel qu’il est produit dans les écoles. Mais la plupart des formes de capital social ne sont pas de cette sorte.  Par exemple, les types de structures sociales qui rendent les normes sociales et les sanctions possibles ne bénéficient pas en premier lieu aux personnes qui ont fourni les efforts pour les faire naître, mais à l’ensemble des membres de la structure (par exemple une personne qui sert de source d’information collecte normalement ses informations pour lui-même, non pour autrui). D’où un risque de sous investissement. 

La création, le maintien et la destrcution du capital social

La fermeture : cf. précédemment

La stabilité

A l’exception des formes dérivées d’organisations formelles ayant une structure basée sur des positions, toutes les formes de capital social dépendent de la stabilité. Une perturbation dans l’organisation ou dans les relations sociales peut détruire du capital social. La création d’organisations basées sur des positions plutôt que sur des individus a permis de fournir une forme de capital social maintenant une certaine stabilité face à l’instabilité des individus.

L’idéologie

Une idéologie peut créer du capital social en imposant à un individu d’agir dans l’intérêt de quelque chose ou de quelqu’un d’autre que lui-même. ex : religion (agir dans l’intérêt de son prochain).

Il peut arriver que l’idéologie agisse négativement sur le capital social ; par exemple l’idéologie de l’autosuffisance.

Autres facteurs

Une partie de ces autres facteurs est particulièrement importante : celle des facteurs qui rendent les individus moins dépendants les uns des autres. Ex : l’abondance, les sources de soutien officielles en cas de besoin (welfare). Lorsque, pour différentes raisons, les individus ont moins besoin les uns des autres, une moindre quantité de capital social est crée, une partie du capital social existant peut même être détruite.

Pour finir, il est important de préciser que le capital social est une forme de capital qui se déprécie au cours du temps.



[1] La traduction est de moi ; lorsqu’elle m’est apparue « problématique », j’ai mis le terme anglais entre parenthèses.

[2] nb : le terme anglais « structural » peut être traduit en français par « structural » ou « structurel », j’ai choisi ici la seconde possibilité dans la mesure où ce texte s’inscrit dans l’analyse « non structurale » du capital social.

[3] 1997, “A dynamic theory of racial income differences”, ch. 8 in Women minorities, and employment discrimination et 1987, “Why should we care about group inequality? “ in Social Philosophy and Policy, n°5.

 

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