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fiche de lecture réalisée par les agrégatifs de l'ENS CachanLes réseaux d'acteurs sociauxLemieux (1999)LEMIEUX Vincent (1999), Les réseaux d’acteurs sociaux, Paris, Presses universitaires de France, 133 p. |
Lemieux distingue trois dimensions relationnelles inhérentes aux réseaux d'acteurs sociaux: l'appartenance (liens d'identification, de différenciation, d'indifférence), l'appropriation (transactions entre acteurs), et la gouverne (contrôles exercés les uns sur les autres). Cette dernière dimension est celle que privilégiera l'auteur tout au long de l'ouvrage: "Les réseaux d'acteurs sociaux apparaissent comme des systèmes où les participants contrôlent ou non les connexions qui les relient" (p. 1). Lemieux s'attache à distinguer les réseaux des appareils, la différence reposant sur leurs structures et autres caractéristiques systémiques, tout en notant qu'on "retrouve des caractéristiques d'appareils dans beaucoup de réseaux et des caractéristiques de réseaux dans beaucoup d'appareils" (p. 2). Evolution de l'ouvrage: les caractéristiques d'appareils sont de plus en plus présentes au fil des chapitres. Les douze chapitres sont thématiques (sauf chapitres 1 et 12, plus généraux), et voient varier les parts respectives des liens, transactions et contrôles au sein des différents types de RAS.
Lemieux préfère parler de réseaux d'acteurs (indi. ou coll.) sociaux ("RAS") plutôt que de réseaux sociaux, cette dernière expression étant selon lui trop restrictive (ex: réseaux de transport). Ainsi les réseaux de télécommunication sont à la fois des réseaux physiques et des RAS, selon l'angle considéré. Leur multiplication révélerait que les systèmes hiérarchiques ne constituent pas la voie la plus appropriée pour relier les acteurs sociaux [mythologie de la socialité souterraine et informelle?].
D'autre part la notion renvoie à l'insatisfaction du "schème causal" (BERTHELOT 1990) où les acteurs sociaux sont réduits à leurs attributs, mis en relation entre eux. Ex: Le vote est expliqué "causalement" à travers les catégories d'âge, d'occupation, d'opinions issues des chefs de parti. L'explication structurale étudiera plutôt les relations avec les proches, parents, amis, c’est-à-dire les situations dans des réseaux, et les messages politiques qu'on y échange.
LEINHARDT (1977) parle de paradigme en développement, BERKOWITZ (1982) affirme que l'analyse structurale constitue un nouveau paradigme encore peu développé, mais initiant un début de révolution scientifique. Trois signes: un nouveau langage, de nouvelles questions, et une institutionnalisation. DEGENNE et FORSE (1994) écrivent quant à eux: "Les gens appartiennent à des catégories mais aussi à des réseaux et les catégories ne sont que le reflet des relations structurales qui lient les individus" (je souligne). Lemieux préfère les six schèmes d'intelligence du social (BERTHELOT 1990) en compétition et en complémentarité aux "paradigmes" de KUHN (1983). Le schème structural comprend l'analyse structurale des réseaux sociaux, sans s'y réduire.
BOUDON (1968) distingue trois niveaux d'adhésion au schème:
- L'interprétation structurale, la notion de réseau étant alors plus analogique qu'analytique (ex: inégalités entre participants à une politique publique), vision à dépasser d'après Lemieux.
- L'étude systématique des relations à travers des graphes (ex : BURT 1992, trous structuraux).
- La construction de modèles structuraux et l'éclairage des principes d'organisation des relations. Ex: principe de groupabilité et d'équilibration (FLAMENT 1965, CARTWRIGHT et HARARY 1979), principe de coordination (LEMIEUX 1989).
Il faudrait concevoir les réseaux comme des systèmes et non comme des structures. LE MOIGNE (1984) définit le système comme "quelque chose, qui dans quelque chose [environnement], pour quelque chose [finalité], fait quelque chose [activité], par quelque chose [structure], qui se transforme dans le temps [évolution]".
BARNES (1954), étude de l'île de Bremmes, où sont définis trois champs sociaux:
Le champ territorial (famille, paroisses, divisions administratives, associations volontaires) stable et durable. Le champ industriel, organisations nombreuses et autonomes, avec relations internes de subordination, champ moins stable. Les relations d'amitié, connaissances et liens (pas toujours entre égaux) en évolution et constituant des réseaux.
Les réseaux sont tournés vers l'environnement interne; Finalité: entraide, réunions sociales et récréatives, aide à l'emploi, c’est-à-dire "les mises en commun de la variété des relations et des ressources qu'elles portent"; Structure: densité importante car distance réduite (max 4 relations) et transitivité des relations; Evolution: renouvellement des réseaux avec arrivée de nouveaux membres et disparition d'anciens.
Les deux premiers champs (terri. et indus.) sont des appareils, officiellement hiérarchiques, mais fonctionnant souvent de façon égalitaire, et tournés vers l'environnement externe; Finalité: "mise en ordre de la variété de l'environnement externe", qui constitue une contrainte fixant certaines actions; Structure: densité moins grande et configuration plus inégalitaire; Evolution: plus grande stabilité des organisations territoriales que des organisations industrielles.
Réseaux: "système d'acteurs sociaux qui, pour des fins de mise en commun de la variété dans l'environnement interne propagent la transmission de ressources en des structures fortement connexes".
Appareils: "système d'acteurs sociaux qui, pour des fins de mise en ordre de la variété de leur environnement externe, contraignent la transmission de ressources en des structures faiblement connexes".
ASHBY (1958): loi de variété indispensable, disant que les régulateurs doivent bloquer la variété menaçant les valeurs essentielles du système. Le choix épistémologique fondamental est de mesurer la variété des relations et des ressources par le rapport entre les connexions effectives et les connexions possibles. Si la variété est grande, la structure est connexe.
Voir PARROCHIA (1993) :
- étym.: filet, ens.de lignes entrelacées / liens (cf."loyalty") / topologique
- système entrées-sorties / transactions (cf."exit") / algébrique
- ens. de règles opératoires / contrôles (cf."voice") / structures d'ordre.
Les deux dernières dimensions de chaque définition renvoient respectivement à HIRSCHMAN 1970, et à Bourbaki d'après PIAGET 1957.
La formalisation des liens, des transactions et des contrôles
Les graphes signés distinguent les liens positifs et négatifs, distinction plus générale que celle impliquant des contenus particuliers (amitié/inimitié; affinité/hostilité etc.), et donc plus pertinente selon HAGE et HARARY (1983, 1991). On retrouve ici la dualité des liens telle que l'avait présentée SIMMEL (1955): liens d'identification et de différenciation.
HAGE et HARARY (1991) distinguent transactions symétriques et asymétriques, et contrôles conjoint, unilatéral et nul selon que les opérations par rapport aux ressources sont codécidées, décidées par un acteur, ou décidées par aucun.
Les ressources peuvent être habilitantes et/ou contraignantes, c’est-à-dire objets et/ou instruments de contrôles. Exemples de ressources: matérielles (ex: monnaie comme support), normatives, statutaires, actionneuses (ex: force physique pour quelqu’un n'ayant pas l'habitude de l'utiliser) humaines (ex: relations matrimoniales), informationnelles, relationnelles (à la fois ressource dans l'optique du contrôle et objets même de l'analyse structurale dans l'ordre de l'appartenance). Dans la plupart des cas, l'auteur admet que les ressources sont des enjeux et des atouts du contrôle. Il classe les ressources évoquées en trois catégories: non déperditives (infos, relationnelles, normatives), déperditives (matérielles, humaines, infos stratégiques), et semi-déperditives (statutaires, actionneuses).
Dans le cas d'une triade, quatre situations élémentaires sont possibles, définissant la groupabilité (ou cohésion) des acteurs, selon les différents regroupements en pôles envisageables. La groupabilité est une propriété des liens. Voici les quatre situations: unipolarité (tous les liens sont positifs), sans pôle (un lien négatif, cf. FESTINGER 1957: l'ami C de mon ami B est mon ennemi), bipolarité (deux liens négatifs), omnipolarité (tous les liens sont négatifs).
La connexité est une propriété des contrôles définie par les spécialistes de la théorie des graphes (ROY 1969). Elle signifie qu'il existe au moins une racine (un transconnecteur quand on parle d'un acteur social), c’est-à-dire un sommet d'où on peut rejoindre les autres sommets par un chemin. La bi-connexion correspond à des chemins en sens opposés, l'uniconnexion à un chemin dans un seul sens. Quatre types de coordination sont distingués: la coarchie (connexité forte, c’est-à-dire réseau intégral ou quasi-réseau), la stratarchie (semi-forte, c’est-à-dire semi-appareil), la hiérarchie (quasi-forte inférieurement, c’est-à-dire appareil intégral), et anarchie (non connexité).
Enfin le principe de régénération s'inscrit dans l'ordre des transactions, la somme des transactions devant être positive pour que la structure se maintienne (LEMIEUX 1998).
La variété est mesurée par le nombre d'uniconnexions (directes ou indirectes) entre deux acteurs. Le degré de redondance d'un graphe, notion rattachée à la variété, se mesure par le nombre d'uniconnexions qu'il faut enlever pour transformer un graphe donné en un graphe de type inférieur. On voit ici apparaître une hypothèse forte: selon la forme de la structure relationnelle, on opère l'attribution de finalités et d'activités différentes [quel statut pour cette causalité?]. La finalité correspond à une mise en commun de la variété de l'environnement externe ou interne plus ou moins grande. L'activité repose sur le processus de transmission de ressources (propagation et contrainte plus ou moins grandes). Lemieux évoque une évolution "générale" des structures relationnelles: un système évoluerait d'une structure plus connexe à une structure moins connexe. Explication: un réseau intégral inclut les potentialités des quasi-réseau, quasi-appareil, systèmes non-connexes, alors que les réciproques ne sont pas vraies (i.e sont fausses).
FLAMENT (1965) distingue les réseaux comme ensemble de canaux ou possibilités matérielles de communication des structures de communication comme ensemble de communications réellement échangées. Remarquons que la "structure" de Flament correspond à "l'activité" de Lemieux, tandis que la "structure" de Lemieux est équivalente au "réseau" chez Flament. En bref, tout ça est un sacré bordel. Mais bon, une question (importante) est posée (en termes Flamentiens!): en quoi et comment un réseau de communication détermine un processus de communication, et par lui, la vie du groupe?
A partir d'une expérimentation sociale (Flament = sociologue de labo), où cinq types de réseaux à cinq individus sont distingués (réseaux complet et circulaire d'une part, sans leader, et réseaux en chaîne, en Y, et centralisé d'autre part, qui sont des quasi-réseaux), un résultat sociométrique est mis en lumière: la position dans le réseau détermine la popularité [Ah] L'idée est peut-être exprimée plus clairement un peu plus loin dans le texte, quand l'auteur établit les conclusions du chapitre: "même si le contrôle est conjoint dans les paires d'acteurs, certains acteurs exercent plus d'influence que d'autres, grâce aux positions qu'ils occupent dans un réseau et grâce aussi à d'autres ressources dont ils disposent" (p.34) Flament, pour répondre à la question posée, distingue [si trop de distinctions tue la distinction, alors cette fiche est un cimetière] deux modèles de la tâche: centralisé (tâche terminée quand un sujet a toutes les infos pour la finalité) et homogène (chaque sujet détient les infos, le réseau exploite toutes ses relations possibles). Le premier correspond à des tâches simples de communication, le second à des tâches complexes. Ainsi se fait l'ajustement entre structures des systèmes et activités de communication.
MILGRAM (1967) démontre que pour transmettre un dossier d'un personne de départ à une personne-cible sur le territoire américain, le nombre d'intermédiaires requis est environ de 5.
Ce que ça révèle sur les traits des réseaux? La distinction occultée par les travaux de labos entre réseaux latents et réseaux actuels.
Voir GRANOVETTER 1973.
Lemieux préfère serrés/lâches (comme WEICK 76) à forts/faibles, qui fait plus penser à un monde énergétique qu'à un monde de communication (cf.RUESCH et BATESON 68). Les différences de degré reposent sur une plus ou moins grande mise en commun. Les indicateurs des liens forts peuvent être l'intensité émotionnelle, l'intimité (confidences), le temps, les services réciproques, et la multiplexité (pluralité des contenus de l'échange) de DEGENNE et FORSE (1994). Selon MARSDEN et CAMPBELL (84), les deux premiers indicateurs sont les meilleurs. LIN (1982) applique la théorie de Granovetter au test du "monde est petit": les intermédiaires activent bien les liens lâches. Le lien fort n'est ni un pont, ni un pont local. LANGLOIS (1977) a montré que les liens faibles sont plus utiles pour trouver un emploi dans la fonction publique (étude sur Boston).
FRIEDKIN (1980) administre des questionnaires à des profs de bio dans 7 départements d'une fac US, 7/10 répondent, si la variable "avoir parlé de ses travaux" est activée réciproquement alors le lien est qualifié de fort. Le résultat est qu'il y a 11 ponts locaux… tous des liens faibles (attention: tous les liens faibles ne sont pas des ponts locaux). Nouvelle distinction: liens mi-serrés d'identification, sans bcp d'émotion (différence par rapport aux liens serrés); liens lâches ou mixtes qui sont à la fois des liens d'identification et de différenciation.
Une idée importante: "l'étude de la propagation des ressources infos est en quelque sorte exemplaire de l'étude des activités de propagation dans les réseaux, ce qui tient au caractère éminemment non déperditif de l'info" (p.34, je souligne).
Le glissement par rapport au précédent chapitre se traduit par le passage de ressources informationnelles à des ressources relationnelles, qui ne sont pas déperditives. Elles se transmettent au cours d'"échanges par lesquels les participants se reconnaissent comme apparentés, chacun en son statut propre" (p.35. La notion de reconnaissance n'apparaît plus comme une notion banale dès lors qu'intervient la caution philosophique: merci ALAIN, qui dès 1931 éclaire le monde en présentant les "signes absolus" comme orientés vers la reconnaissance (ex: la fête, échanges de signes de reconnaissance).
En s'appuyant sur BARNES (1967), Lemieux met en garde contre la confusion possible entre la représentation généalogique d'un système de parenté (quasi-réseau fictif ignorant les connexions directes) et le réseau de parenté lui-même. Cet écueil est d'autant plus tentant que "contrairement à d'autres réseaux, les réseaux de parenté ont des frontières imprécises" (p. 38). Deux raisons à cela: la multiplicité des statuts et des rôles, et les différentes modalités des rôles actualisés.
Voir LEVI-STRAUSS (1945).
La discussion de la théorie de L-S est centrée sur l'atome de parenté comme plus petit élément des systèmes de parenté, eux-mêmes conçus comme quasi-réseau circulaire. L'atome de parenté est formé à partir de trois relations: l'alliance, la consanguinité, la filiation. HAGE et HARARY (1983) ont montré que les constantes[1] de L-S s'inscrivaient dans le cadre de la tendance structurale à la groupabilité. FLAMENT (1965) et CAROLL (1973) notent que deux liens manquent pour que le réseau soit intégral (mari/beau-frère; mère/fils).
GODBOUT (1996) montre qu'il y a peu d'échanges de cadeaux (et services) entre groupes parentaux (sauf entre beauf et belle-sœur…), contrairement aux échanges généralisés des sociétés "primitives". Il y a en fait multistatuts et multiconnexions, et "les résseaux de parenté nous apprennent qu'un réseau intégral, fait de parents proches, peut être compris dans un quasi-réseau où des parents plus éloignés n'ont pas de connexion directe les uns avec les autres" (p.44). Selon le niveau de regard (plus ou moins micro), les liens changent (positifs ou négatifs), la variété peut être égale à 1 à un niveau, et <1 à un niveau plus micro. Les relations d'alliances matrimoniales sont des uniconnexions dans l'ordre des transactions (d'après le don des femmes des anthropologues), et des biconnexions dans l'ordre des contrôles (transactions comme objets de contrôles conjoints). En bref, les propriétés structurales des réseaux sont inscrits dans les modèles et non dans la réalité.
Constitués de relations positives dans l'ordre de l'appartenance, les réseaux d'affinité sont des réseaux de liens et de statuts entre amis et proches plutôt qu'entre consanguins ou alliés. On y transmet des ressources déperditives.
L'affinité par amitié se distingue de l'alliance par le mariage en se traduisant par des liens plus serrés et des connexions variées dessinant des cliques, mais moins durables car pouvant s'achever avec la disparition des circonstances initiales. BOISSEVAIN (1974) montre qu'on a affaire à des cliques pas nécessairement conflictuelles par rapport aux autres cliques, c’est-à-dire à des réseaux intégraux sans lien négatif avec l'environnement externe pertinent, ce qui les différencie des autres systèmes de mise en ordre. Lemieux remarque que les voisins représentent le parent pauvre de la sociologie formalisée des réseaux. Argument invoqué: la variabilité de ce type de relations.
A partir des données de YOUNG (1971), HAGE et HARARY (1991) montrent que les liens d'affinité et d'hostilité intragroupes obéissent au principe de groupabilité (étude réalisée sur l'île de Goodenough, Nouvelle-Guinée).
MORENO (1934 pour l'édition originale), champion de la sociométrie, étudie principalement le lien entre la communication et les affinités se constituant au fil des attractions-répulsions inter-individuelles, sans qu'il y ait leadership. La sociométrie a l'avantage de prendre en compte les liens négatifs entre les individus, ce qui permet de traiter les principes de groupabilité et d'équilibration des phénomènes d'appartenance. PARLEBAS (1992) a étudié un groupe d'ados à la mer à travers leurs choix personnels pour les activités. Les régularités dégagées sont les suivantes: on se choisit plus d'amis que d'ennemis; les choix réciproques représentent l'ossature majeure d'un groupe; la nature des attentes est souvent à l'origine des liaisons nouvelles ou de la disparition des liaisons anciennes.
L'ensemble des choix allo-emphatiques, c’est-à-dire des choix présumés des acteurs, est représenté par un graphe valué, où une valeur est assignée à chacune des arêtes ou à chacun des arcs. Si les réseaux sociométriques sont des réseaux latents, les réseaux allo-emphatiques sont quant à eux des réseaux latents au deuxième degré, c’est-à-dire fondés sur des présomptions de choix plutôt que sur les choix eux-mêmes. Un constat: les liens faibles propagent la transmission de ressources dans un réseau, les liens négatifs empêchent cette transmission. Ouah.
La spécificité de ce type de réseau consiste en la propagation de ressources matérielles ou infos, portées par des ressources relationnelles, au bénéfice de personnes qui en ont "besoin". Lemieux note que les travaux sont souvent normatifs en raison de la dimension morale du soutien. Etant peu formalisés, ils apparaissent peu appropriés au parti pris de l'ouvrage (partir de la formalisation pour reconstituer les propriétés systémiques des réseaux).
Les réseaux de soutien, décrits par les catégories d'aidants et d'aidés et leurs caractéristiques sociales sont le plus souvent constitués de liens forts (MITCHELL 1987). WALKER (1993) relève quatre formes de prestations: l'aide émotionnelle, matérielle, info, accompagnement.
EKEH (1974) indique que l'échange restreint entraîne tension et instabilité en reposant sur une faible confiance mutuelle. Dans l'échange généralisé, celui qui reçoit ne rend peut-être pas mais le donneur croit (confiance) que qq du réseau le fera un jour. UEHARA (1990) teste cette hypothèse sur 17 femmes noires de Chicago, à faible revenu et ayant perdu leur emploi, en 1981 et
Les groupes de bénévoles s'occupent de plus d'une personne, et appartiennent à des organismes communautaires et non à des réseaux officieux. Il est alors intéressant de se demander si ces groupes ont les caractéristiques d'un réseau ou d'un quasi-appareil, étant donnés l'environnement, les finalités et les activités. Or comme cela apparaît dans l'étude de Suzie ROBICHAUD (1998) on a affaire à des institutions financées par organismes privés et publics qui ont des tendances concomitantes à évoluer vers des quasi-appareils. Trois relations sont dégagées: les relations bénévoles/bénéficiaires qui sont peu affectées par cette institutionnalisation (seule nouveauté: contrôle conjoint des prestations et exigence accrue); les relations internes aux groupes qui voient la hiérarchie s'accentuer (entre simples bénévoles et dirigeants orientés vers des tâches adm); les relations avec les organismes de subvention témoignent d'une structuration du contrôle stratarchique par rapport à l'environnement externe pertinent. Conclusion: ce sont des quasi-réseaux, orientés vers des cibles, où circulent des ressources déperditives.
Ici, on a uniquement des échanges restreints, avec des ressources déperditives, matérielles, humaines ou monétaires, qui se transmettent dans des quasi-réseaux à liens lâches, et où la propagation est faible. Mais des finalités de quasi-appareil apparaissent quand interviennent des liens mixtes produits par la concurrence.
Les marchés étant très nombreux et reliés entre eux différemment, leur représentation graphique est difficile (ex: marché alimentaire où interviennent marchés de producteurs, de commerçants, financiers, d'équipement, de ressources humaines). Si on prend l'ex d'un marché compétitif fictif, représenté par des liens lâches tissant un quasi-réseau, on remarque que plus il y a des consommateurs qui transigent avec plus de deux commerçants, plus il y a de communication dans les paires de consommateurs, plus le marché est compétitif et susceptible de transformations. De leur côté, les producteurs et les commerçants ont intérêt à une mise en ordre de la variété, par contrôles uilatéraux, qui leur permettent d'être les seuls transconnecteurs d'un marché.
BURT (1992) définit le trou structural comme l'absence de relations entre deux acteurs co-isolés. Selon lui, un acteur dispose de capitaux financier, humain et social. Double définition du capital social: connexions avec autres acteurs ouvrant l'accès à leur ressources et possibilité d'exploiter les trous. Ce dernier avantage est de l'ordre de l'info et du contrôle, et est qualifié de capital disconnexionnel. L'absence de redondance complète quant à l'équivalence structurale signale la possibilité d'un trou structural, mais l'absence de redondance complète des relations est un meilleur indicateur. Deux stratégies s'offrent au tertius gaudens profitant du trou structural: accorder un bien à des conditions qui lui sont plus avantageuses du fait de l'absence de liens entre deux consommateurs par exemple; exploiter des conflits qu'il a éventuellement suscités. D'autre part Burt se rapproche de Granovetter en affirmant que les liens faibles, en évitant à l'acteur de se trouver dans un trou structural, sont avantageux sur le plan de l'info et du contrôle.
A partir de données sur 77 marchés, dans les années 60 et 70, compilées par le Département fédéral du commerce aux Etats-Unis, Burt montre que l'autonomie (et la marge de profit) d'un producteur est d'autant plus grande qu'il se trouve dans un environnement interne où il y a peu de trous structuraux, face à une environnement externe (fournisseurs et clients) où il y en a beaucoup. D'autre part il remarque qu'au-delà d'un certain niveau de contrainte les effets des trous structuraux deviennent négligeables, ils sont donc non linéaires et multiplicatifs. Enfin, les marges de profit dépendent d'un petit nombre de transactions critiques, et de l'autonomie dont les producteurs disposent dans ces transactions. Deux questions intéressantes de Lemieux: que deviennent ces avantages dans des réseaux non compétitifs ? Ne faut-il pas introduire le caractère symétrique ou asymétrique des contacts dès lors que les transactions se font par contrôle unilatéral ?
Les acteurs mobilisent des relations dans le but d'exercer un contrôle conjoint de nature coopérative, ou un contrôle unilatéral de nature conflictuelle, sur des acteurs-cibles, à travers des ressources normatives, statutaires ou actionneuses.
LAZEGA et LEBEAUX (1995) ont étudié un cabinet d'avocats de 36 associés, qui peuvent être conseillers (gratuit), collaborateurs (rémunérés), et/ou amis (hors travail). Les résultats peuvent être rapportés à la loi de variété indispensable d'ASHBY (1958), voulant que seule la variété peut combattre la variété. Les associés ont à décider s'ils doivent utiliser (ou non) leur capital social connexionnel et mobiliser (ou non) celui des leviers pour diminuer la variété indésirable chez la cible. Les chercheurs montrent que ces "choix" obéissent, statistiquement parlant, à des calculs stratégiques visant à protéger son propre capital social plutôt que celui des leviers. Ces stratégies comportent un risque d'échec des tentatives de contrôle par connexions, échec qui dévalue le capital social connexionnel du stratège..
KAPFERER (1969) fournit un bon exemple de réseau de mobilisation, motivé par le conflit entre Abraham et Donald, à l'intérieur d'une organisation du travail minier. Abraham l'emporte sur Donald car son réseau personnel est plus riche en capital connexionnel que celui de Donald, et lui fournit notamment un meilleur accès aux acteurs influents du groupe. Donald abandonne et change de section. THURMAN (1979) aboutit à des conclusions voisines à partir d'un réseau interne à un bureau où une coalition se forme en vue de marginaliser une personne-cible. Thurman comme Kapferer étudient la portée des sous-réseaux égocentriques, renvoyant à la densité des contacts d'Ego et des relations entre eux. Le capital connexionnel prend alors une forme plus générale que chez Lazega et Lebeaux, prenant en compte le caractère symétrique des relations, à travers les concepts de relais, contacts et sous-contacts (et non plus de leviers et de cibles). DOREIAN (1982) utilise la Q-analyse développée par ATKIN (1977) pour traiter de façon plus positionnelle les propriétés des deux réseaux de mobilisation de Thurman et Kapferer. La Q-analyse part des contacts de chaque acteur pour dégager les acteurs qu'ont en commun (c’est-à-dire les faces de) chacun des sous-ensembles. Des classes d'équivalence sont ensuite établies selon le nombre de faces communes, du plus élevé au plus faible, chaque acteur pouvant alors être situé dans une classe (plus ou moins) inférieure ou supérieure.
LEMIEUX et FORTIN (1977) et LEMIEUX étudient un cas de confrontation entre deux alliances cherchant à contrôler la nomination à un poste de directeur général d'une organisation dans le secteur de la santé et des services sociaux. Ici encore la capital connexionnel et l'exploitation des trous structuraux de l'adversaire expliquent la victoire d'un sous-réseau (à l'allégeance partisane commune) sur l'autre. Quand un sous-réseau l'emporte sur l'autre, le réseau prend momentanément la forme d'un quasi-appareil ou se scinde en deux si le conflit perdure.
Les réseaux intra-organisationnels (à l'intérieur d'un appareil) se distinguent des réseaux inter-organisationnels (entre appareils), notamment en termes de finalités. Même si les enjeux sont relationnels ou informationnels (ressources non déperditifs), on a affaire à des quasi-réseaux (du fait de la compétition entre ces réseaux).
Le capital connexionnel est un atout pour les acteurs en situation de coopération (contrôle conjoint), tandis que le capital disconnexionnel est un atout dans les situations de compétition (contrôle unilatéral alterné), de conflit (idem plus possibilité de contrôle nul) et de subordination (contrôle unilatéral) à l'intérieur d'un appareil. Le capital disconnexionnel d'une source est d'autant plus grand que ses contacts et ses sous-contacts sont, entre eux, dans des trous structuraux, c’est-à-dire co-isolés, alors que l'existence de ces trous structuraux diminue le capital connexionnel.
BURT (92) montre que les directeurs d'entreprise (échantillon aléatoire dans une grand entreprise US de haute technologie) qui ont du capital disconnexionnel (établi à partir d'un questionnaire sociométrique) sont promus plus tôt que les autres. L'effet est d'autant plus évident dans le cas des directeurs travaillant à la frontière, dans un environnement hétérogène (ex: femmes à la frontière d'un monde d'hommes; directeurs de succursales périphériques). Pour les directeurs de haut rang, il faut mieux que le capital disconnexionnel soit concentré dans leur environnement externe plutôt que dans leur environnement interne.
Les réseaux interorganisationnels ont été étudiés dans les années 70 et 80 à travers la présence d'administrateurs à plusieurs conseils d'administration, où sont propagées des infos utiles aux entreprises interconnectées. Elles sont des atouts de contrôle sur les fournisseurs et les clients, ainsi que sur d'autres organisations de l'environnement externe. Ces travaux ont montré que, au moins dans le monde anglo-américain, les interconnexions favorisaient une structuration oligarchique du contrôle, où les entreprises financières occupaient des positions centrales.
BEARDEN et al. (75) montrent qu'aux EU les pics (entreprises souvent financières liées à différentes entreprises, ou "grappe") et les grappes ont un caractère régional et sont liés entre eux par des liens serrés, tandis qu'au plan national, ils seraient reliés par des entreprises-ponts, généralement financières elles aussi, qui ont des liens mi-serrés avec les pics de nature régionale.
A la différence des réseaux d'entreprises privées, la finalité essentielle est la mise en ordre de la variété dans l'environnement intra(ou extra)-sociétal du système politique, limitant la formation de réseaux intégraux. Si des acteurs collectifs (privés et publics) appartiennent à des réseaux, c'est soit pour partager des infos, soit pour former des coalitions. Les politiques publiques sont définies comme "des processus de régulation, guidés par des normes, de situations où la distribution des ressources, dans une collectivité ou entre des collectivités, est jugée non conforme à ces normes" (p.101). On parle de communautés pour désigner des alliances stables, fondées sur des intérêts communs, dont les acteurs peuvent être "activés" en vue d'une action publique. Les coalitions sont formées en vue de vaincre un adversaire. RHODES (90) et THATCHER (95) ont noté que l'usage du terme de réseau, à l'usage des politiques publiques, demeure le plus souvent métaphorique.
Un courant d'étude des communautés se réclame du structuralisme, posant qu'il y a dans un secteur donné de politiques publiques un sous-système dominant, et essayant de dégager des typologies de réseaux, dont la plus répandue est composée de réseaux corporatistes, pluralistes, et clientélistes. SCHNEIDER (92) utilise ces trois types pour analyser les politiques publiques dans l'industrie chimique et les télécommunications allemands. Dans les corporatistes les organisations intermédiaires monopolisent la médiation entre acteurs gouvernementaux et "sujets", dans les pluralistes il y a également des relations directes, et dans les clientélistes il n'y a pas de médiation. Schneider arrive à la conclusion que des réseaux corporatistes sont à l'œuvre dans la chimie, des pluralistes et clientélistes se mélangeant dans les télécommunications.
ZIJLSTRA (79) a reconstitué un réseau de 25 organisations s'intéressant à la politique sur l'énergie nucléaire aux Pays-Bas. Parmi les huit acteurs de la représentation simplifiée, il établit que les organismes de recherche et les organismes consultatifs sont des lieux de rencontre pour les représentants du gouvernement et ceux du secteur privé, et des lieux de définition des buts, priorités et moyens des politiques publiques, même si aucun acteur ne dominerait la politique considérée.
PHILLIPS (91) s'est consacrée aux relations existantes entre 33 organisations de femmes au Canada, d'abord considérées dans l'optique des mouvements sociaux, puis comme une communauté latente relative aux politiques publiques. Elles forment un quasi-réseau latent où le grand nombre de liens faibles permettrait une diffusion d'info originales (relation présumée plus que démontrée d'après Lemieux. Les communautés et réseaux peuvent déborder un secteur donné pour s'étendre à d'autres secteurs (touchant d'autres enjeux que la condition féminine), alors qu'un certain nombre de spécialistes des réseaux sont aveugles à cette dimension plurisectorielle en se focalisent sur un seul secteur de politiques.
Loin d'"aller de soi", l'actualisation des relations latentes peut être considérée comme la formation d'une coalition (avec des calculs, des négociations…). Pour plus de détails, voir la fiche sur LEMIEUX (1998).
Il ne s'agit plus d'étudier les relations s'établissant lors de l'élaboration des politiques publiques, mais lors de leur mise en œuvre. Point commun avec les réseaux marchands: échanges de ressources entre "patron" et "client".Différence: les réseaux de clientélisme sont à l'intérieur d'un appareil étatique.
Les réseaux de clientélisme instaurent des réseaux là où l'on ne voit généralement (organigramme officiel) que des sous-systèmes hiérarchisés formant un appareil. CAMPBELL (1964) s'appuie sur le cas des bergers sarakatsans (Grèce continentale), dont les familles sont soumises à une organisation bureaucratique qui va du gouvernement central aux hauts fonctionnaires, puis aux fonctionnaires de contacts. Des relations de clientèle s'installent à la fois dans le système politico-sociétal (ex: entre les Sarakatsans et des avocats ou autres acteurs pouvant jouer sur les hauts bureaucrates) et dans le système local (entre familles et mbs du conseil du village). La plus grande variété des connexions qui en ressort est profitable aux deux catégories d'acteurs (gains par rapport aux rivaux dans la régulation des affaires publiques/ ressources plus conformes aux préférences et système politico-adm plus acceptable). En outre, le capital disconnexionnel du patron augmente car il y a compétition et non coopération des familles cherchant le prestige, qui sont donc dans des trous structuraux.
L'étude de OBERG (64) sur le royaume d'Ankole (Ouganda), montre qu'avant la colonisation, les réseaux de clientélisme n'avaient pas pour fonction principale de relâcher une régulation étatique, mais plutôt d'assurer l'autorité gouvernementale. Dans cette perspective, les réseaux de clientélisme peuvent alimenter un appareil en vue de la mise en ordre de la variété (plutôt que de la mise en commun, qui est propre aux réseaux), ce qui advient particulièrement dans les cas d'appareils intégraux.
L'ancien clientélisme de nature électorale a été combattu à partir des années 60, et les nouvelles modalités ont favorisé des entreprises par voie de contrats, ainsi que des spécialistes de l'action politique qui contrôlent conjointement avec leurs patrons les décisions où leurs talents sont requis, c’est-à-dire surtout lors de l'élaboration des politiques publiques. Leur finalité est donc plutôt la mise en ordre de la variété (pour le maintien au pouvoir de ceux qu'ils soutiennent) qu'une mise en commun contre les aspects bureaucratiques de la régulation.
On aboutit bien à ce que Lemieux avait annoncé en début d'ouvrage: une imbrication très grande des réseaux et des appareils. Selon lui les réseaux de clientélisme "apparaissent comme les plus englobants des diverses ressources qui circulent dans les réseaux, et comme ceux qui présentent le plus grand nombre de traits propres aux différentes catégories de réseaux d'acteurs sociaux" (p.122). Infos et biens matériels y circulent, les relations de parenté y font figure de modèle (sinon de réalité), l'appui au client est parfois assimilable à du soutien et la compétition entre patrons à des réseaux de mobilisation, les entreprises peuvent être des clientes, et la mise en œuvre des politiques publiques en est souvent tributaire.
Lemieux finit par une récapitulation ordonnée de ce qu'il a dit dans l'ouvrage. Voici les étapes de ce chapitre conclusif, où les partis pris "théoriques" apparaissent plus distinctement.
Lemieux estime que la dimension des liens est particulièrement significative pour établir les frontières internes et externes des réseaux. Les frontières les plus nettes sont celles définies par des liens négatifs, les réseaux formant alors un pôle à l'intérieur duquel tous les liens sont positifs, qu'ils soient serrés ou mi-serrés.
Les canaux de circulation que sont les connexions donneraient une approximation valable de la quantité de variété propre à un réseau, faute d'une mesure plus fine de la variété des ressources qui circulent entre acteurs.
La variété des connexions est non seulement une propriété du réseau, mais c'est aussi une propriété des participants à ce réseau, qu'on appelle capital social. La distinction entre capitaux connexionnel et disconnexionnel aide à comprendre les différences d'activités et de finalités entre réseaux et appareils.
Rien de bien nouveau
Relativisation de la distinction réseau/quasi-réseau: des réseaux latents peuvent être structurés comme des réseaux intégraux, mais être activés selon une structuration de quasi-réseau (ex: échanges de cadeaux dans un réseau de parenté).
Revalorisation de cette distinction: dans les quasi-réseaux, plus que dans les réseaux intégraux, les acteurs se préoccupent de la structuration de leur environnement (externe et interne, la délimitation des deux étant souvent affaire de niveau). D'autre part les liens mi-serrés sont plus fréquents dans les quasi-réseaux que dans les réseaux intégraux (où les liens sont serrés). Enfin, les quasi-réseaux, à la différence des réseaux intégraux, peuvent comporter des trous structuraux.
[1] Rappelons ces constantes: dans les deux relations horizontales (mari/épouse; frère/sœur) comme dans les deux relations verticales (père/fils; oncle/neveu), il existe toujours une relation positive (d'identification) et une négative ( de différenciation). Il y a groupabilité en pôles et cohésion dans chacun des réseaux.
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