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Préparation à l'agrégation de sciences sociales. Thème " Les réseaux sociaux "

fiche de lecture réalisée par Lise Bernard (ENS-LSH)

Who Shall Survive ?

Jacob L. Moreno (1934)

MORENO Jacob Lévy (1934), Who shall survive, trad.fr., Fondements de la sociométrie, Paris, PUF, 1954

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Introduction

Moreno (1889-1974) a grandi dans la Vienne de l'Empire austro-hongrois et a émigré en 1926 aux États-Unis où il a été naturalisé américain. Il fut médecin, sociologue, philosophe, psychothérapeute de groupe et homme de théâtre. Avec Who shall survive ? paru en 1934, et publié en français vingt ans plus tard sous le titre des Fondements de la sociométrie, il a recours à la notion de « réseau »[2] dans un sens non métaphorique et est le premier à en donner une exploration empirique. Tout en s’inspirant et en prétendant dépasser de nombreux auteurs[3], Moreno propose une nouvelle méthode grâce à laquelle le sujet puisse apprendre à faire preuve de « spontanéité ». Si Moreno voit alors dans la sociométrie une grande avancée de l’histoire des sciences sociales, c’est qu’il lui semble qu’elle peut avoir des applications pratiques considérables[4] et notamment permettre aux hommes d’entretenir des relations plus « harmonieuses »[5].

La sociométrie de JL Moreno

La sociométrie correspond à l’étude mathématique des propriétés psychologiques des populations. Mettant en œuvre une technique expérimentale fondée sur des méthodes quantitatives, elle vise surtout à mesurer l’intensité et l’expansion des « courants psychologiques » (ie attraction ou répulsion) qui s’infiltrent au sein des populations.

Les bases de la sociométrie

Les notions de créativité et de spontanéité

La sociométrie de Moreno repose sur les notions de créativité et de spontanéité[6]. La créativité atteint un degré important chez l’enfant et est nécessaire à la spontanéité. La spontanéité consiste à faire passer à l’acte des aptitudes virtuelles : s’il est né une foule de Michel-Ange, un seul a peint des chefs d’œuvre. La spontanéité, passant par le processus de libération, est ce qui incite l’homme à réagir d’une façon plus ou moins satisfaisante à une situation inédite[7]. Malheureusement, elle est la faculté la moins développée chez l’homme, dans la mesure où elle est trop souvent contrariée par des mécanismes culturels. Moreno souhaite alors aider les hommes à utiliser leur spontanéité.

Sociodrame et psychodrame

La sociométrie[8] peut prendre deux formes principales : le sociodrame et le psychodrame.

Le « psychodrame », « science qui cherche la « vérité » à l’aide de méthodes dramatiques », repose sur cinq instruments : un plateau, où l’individu peut de déplacer dans de multiples directions ; le sujet, à qui on demande d’être avant tout lui-même sur le plateau et non un acteur et qui doit libérer sa spontanéité ; le directeur, qui joue les rôles de metteur en scène, thérapeute et analyste ; une équipe des ego auxiliaires, associée au directeur, et aidant le patient en figurant des personnages réels ou imaginaires ; l’auditoire qui peut aider le patient dans son action dramatique avant de devenir patient à son tour. L’objectif du psychodrame est que le sujet éprouve une impression de catharsis et qu’il libère sa spontanéité. Bien que ressemblant à une mise en scène, Moreno souligne que l’aspect théâtral du psychodrame n’est pas nécessaire.

Le « sociodrame » est un psychodrame où le sujet est remplacé par un groupe : le groupe occupe la scène et dévoile ses ennuis. L’objectif du sociodrame est de mettre en évidence les problèmes du groupe afin de favoriser une catharsis sociale.

Le test sociométrique

Le test sociométrique cherche à déterminer les sentiments éprouvés par les individus les uns par rapport aux autres à partir d’un même critère de base. Il repose sur le principe suivant : chaque membre du groupe choisit les personnes du groupe qu’il aimerait avoir comme compagnon. Le test sociométrique, s’appliquant à toutes les personnes qui sont en relation les unes avec les autres, permet alors d’étudier les structures sociales à la lumière des attractions et des répulsions et de déterminer la place de chaque individu dans le groupe. Le test sociométrique met alors en lumière la « structure psychologique sous jacente du groupe » et permet de voir si cette dernière correspond ou non à ses manifestations sociales.

Pour que le test sociométrique mène à des résultats pertinents, il faut que tous les membres du groupe soient sincères et spontanés. Une étape préalable consiste donc à convaincre le sujet d’accepter la méthode sociométrique. Si des sujets font preuve au début de réticence, Moreno souligne qu’il n’est pas si difficile de les convaincre de participer au test, car il suffit de leur faire comprendre que ce test sera bénéfique aux membres du groupe. En effet, pour Moreno, une analyse sociométrique sérieuse permet, comme nous le verrons plus précisément par la suite, une coordination du groupe mieux équilibrée.

La présentation de l’application empirique qui suit vise à éclairer les préceptes ci-dessus.

 

Un exemple d’application empirique :
étude de la collectivité de Hudson

Principes et objectifs de l’enquête

Présentation de l’enquête empirique

L’application centrale de l’ouvrage est l’étude que Moreno a consacrée à un institut de rééducation situé près de Hudson [9] (Etat de New York). Cet institut comprend 506 jeunes femmes, vivant à distance de leur famille biologique, dans une collectivité close. Ces jeunes femmes ont pour point commun d’ y avoir été envoyées par les tribunaux. Elles viennent, d’après Moreno, de tous les milieux sociaux de New-York et sont issues de divers « groupes raciaux ». Elles résident dans seize pavillons d’habitation. Les jeunes femmes de couleur prennent part aux activités mais sont logées dans des pavillons séparés. Des gouvernantes jouent le rôle de parents.

Cette collectivité présente des intérêts certains pour Moreno. Tout d’abord, les jeunes femmes sont amenées à y vivre ensemble, pour la grande majorité des cas, dès leur première rencontre. C’est donc « spontanément » (au sens de Moreno) qu’elles doivent entrer en relations les unes avec les autres. La collectivité de Hudson permet donc d’observer des réactions spontanées au stade initial de la constitution d’un groupe. De plus, les jeunes femmes étant isolées de leur famille et n’étant pas insérées dans le monde du travail, la collectivité de Hudson permet à Moreno de se centrer sur un seul point : les « bases psychologiques ». C’est donc sur ces bases que Moreno décide de déceler la structure de la collectivité. Son objectif est de savoir si derrière l’ « organisation sociale de la collectivité » ne se dissimulent pas des enchevêtrements.

Son enquête consiste alors à demander à toutes les jeunes femmes de citer cinq personnes de la collectivité (parmi 505) avec qui elles aimeraient partager leur pavillon d’habitation (question 1) et les cinq personnes avec qui elles aimeraient le moins résider (question 2). Leurs réponses sont classées par ordre de préférence. Le « critère » proposé aux jeunes femmes est donc celui de leurs sympathies et antipathies. Moreno veut savoir si les jeunes femmes résident déjà dans le même pavillon que les femmes avec qui elles déclarent souhaiter résider et si les femmes avec qui elles désireraient le moins résider logent, au moment de l’enquête, dans d’autres pavillons.

Quelques précisions méthodologiques

Moreno a pensé que les opinions des adolescentes pouvaient évoluer. Il était donc prévu dans le dispositif d’enquête que les jeunes femmes puissent modifier leurs choix pendant 90 jours. 5% des femmes firent des changements dans leurs choix.

Moreno se déclare conscient d’une limite de son enquête. Comment savoir, en effet, quelle différence sépare, par exemple, le premier du second choix ? Le premier choix est-il largement, ou non, préféré au second.

Résultats

Une « organisation invisible sous jacente à l’ordre officiel »

Les résultats de l’enquêtes mettent en évidence que derrière l’« organisation sociale de la collectivité » (ie la répartition en pavillon) se cachent de nombreux enchevêtrements : des courants effectifs circulent à l’intérieur de la population blanche sans distinction du pavillon d’habitation et certaines femmes blanches et de couleur éprouvent parfois entre elles de la sympathie même si elles ne logent pas dans le même pavillon.

L’enquête permet de mettre en évidence divers statuts sociométriques : certaines femmes ont le rôle de « stars » [10] (ie qu’un nombre relativement important de jeunes femmes désireraient résider dans leur pavillon), d’autres s’unissent deux par deux, d’autres en plus longue chaîne (en triangle, carré, cercle…) et d’autres se révèlent être isolées [11] . L’enquête permet aussi de distinguer les pavillons à organisation introvertie (où, pour tous choix de 1 à 5, les habitantes d’un pavillon citent en majorité, en réponse à la question 1, des jeunes femmes résidant dans leur pavillon), ceux à l’organisation extravertie (où, pour tous choix de 1 à 5, les habitantes d’un pavillon citent en majorité, en réponse à la question 1, des jeunes femmes résidant dans un autre pavillon que le leur) et ceux à organisation équilibrée.

 

Moreno compare alors les différents « pourcentages d’intérêt pour le groupe de cohabitation »[12] (ie le degré d’intérêt porté par les différents membres aux habitants de leur pavillon) aux « pourcentages d’attraction »[13] et obtient que la somme des seconds est inférieur à la somme des premiers. Il en déduit alors que « les forces de cohésion qui se manifestent à la communauté de Hudson sont plus puissantes que celles qui tendent à dissocier les groupes ».

Moreno soutient que :

-          Plus le nombre des structures isolées dans l’organisation d’un groupe est élevé et plus son niveau d’intégration est bas

-          Plus les attractions réciproques sont nombreuses et plus ce niveau est élevé

-          Un grand nombre d’attractions réciproques constitue un terrain favorable aux développements de relations harmonieuses

-          Un grand nombre de répulsions réciproques et d’attractions repoussées souligne la « désorganisation et le manque d’harmonie ».

Le « sociogramme »

Le sociogramme permet de voir la position qu’occupe chaque individu dansle groupe. Il met en lumière l’analyse structurale de la collectivité. Il est constitué de quatre types de réaction d’un sujet par rapport à un autre : choisir, rejeter, souligner son indifférence (il s’agit d’une indifférence exprimée), l’ignorer (individu n’a pas été remarqué).

Principe de construction des sociogrammes :

-       l’attraction réciproque entre deux femmes est représentée par une paire rouge

-       la liaison entre deux femmes se rejetant l’une et l’autre est représentée par une paire noire 

-       si une éprouve de la sympathie (ligne rouge) et l’autre de l’antipathie (ligne noire), la paire est dite « incompatible »

-       l’indifférence est représentée par une ligne pointillée

 

L’isolement, au sein du sociogramme, peut prendre plusieurs formes :

-       L’isolement simple : isolement d’un individu à l’intérieur de son pavillon et à l’intérieur de la collectivité. Le sujet n’est pas rejeté et ne repousse pas les autres.

-       Un individu en choisit [14] d’autres, extérieurs à son pavillon, sans être choisi par eux, ni par ceux de son propre pavillon.

-       Un individu est choisi par des individus extérieurs à son pavillon mais choisit des individus différents de ceux qui l’ont choisi.

-       Un individu choisit des individus qui ne montrent quede l’indifférence à son égard.

-       Triangle isolé : trois individus sont liés en triangle par des attractions réciproques mais chacun reçoit des lignes noires de la part d’autres membres de la collectivité.

-       Cinq individus sont isolés et rejetés par le reste de la collectivité et chacun d’eux rejette un des cinq (exemple de Moreno : un gang isolé par la collectivité et en voie de dissolution).

-       Paire isolée : deux individus en attraction mutuelle mais non choisis par les autres.

-       Sujet isolé par répulsion réciproque : sujet rejeté par le reste de la collectivité et rejette la collectivité.

 

L’analyse du sociogramme permet alors de comparer l’ « isolement volontaire » de l’ « isolement involontaire » ainsi que de comparer le statut sociométrique (être isolé de telle manière, faire partie d’une triade…) aux comportements[15].

La « géographie psychologique »

La géographie psychologique correspond à « la représentation graphique des inter-relations qui unissent les membres et les groupes d’une même collectivité relativement à leur localisation topographique et aux courants psychologiques qui circulent entre eux ».

La géographie psychologique consiste à dessiner des cartes. Moreno dessine par exemple une carte illustrant le statut psychologique de chaque pavillon en ce qui concerne les évasions : il représente les pavillons d’une couleur d’autant plus claire qu’il y a eu peu d’évasion et trace des lignes pour représenter les directions prises par les évasions. Une seconde carte met en évidence que les pavillons adjacents entretiennent des contacts plus hostiles (lignes noires) entre eux que les pavillons plus éloignés. Moreno note, sur cette seconde carte, que les pavillons où résident les jeunes femmes « de couleur » font exception : plus ils sont proches d’un pavillon où logent de jeunes femmes « blanches » et meilleures sont les relations entre les habitantes de ces deux pavillons[16].

Les réseaux

Plusieurs éléments démontrent l’existence de réseaux au sein de la collectivité de Hudson. Tout d’abord, en automne 1932, eut lieu une épidémie d’évasions : en 14 jours on dénombra 14 évasions. Les motivations, bien que convaincantes pour chacune, ne peuvent expliquer l’origine de cette « chaîne », ni le fait que toutes ces évasions aient eu lieu en un laps de temps aussi court. Et ce d’autant plus que d’autres femmes avaient aussi un statut sociométrique qui les prédisposait à l’évasion mais qu’elles ne sont pas passées à l’acte. Moreno soutient que cette épidémie d’évasions s’explique par le fait que ces 14 jeunes femmes appartenaient à une chaîne de réseau[17]. Cette appartenance à un même réseau est mise en évidence par l’analyse du test sociométrique. De plus, le fait que les nouvelles et commérages se propagent dans certaines sections de la collectivité et pas dans d’autre est une preuve supplémentaire de l’existence de réseaux. Ainsi, la nouvelle d’une émeute ayant eu lieu dans un pavillon se propagea dans ses moindres détails dans la grande majorité de trois réseaux mais n’atteignit pas du tout un quatrième réseau[18]. On remarque aussi que les rumeurs suivent la loi des réseaux tracés d’après les résultats sociométriques.

Selon Moreno, tous les résultats sociométriques obtenus à partir de la collectivité de Hudson peuvent permettre d’améliorer la vie au sein de cette collectivité. Voyons quelles sont les propositions de Moreno et selon quels principes sa sociométrie prétend rendre les relations plus harmonieuses.

Les bienfaits de la sociométrie selon J.L. Moreno

La « reconstruction » de la collectivité de Hudson

Les « affectations thérapeutiques »

Moreno soutient que la sociométrie peut permettre la reconstruction de groupes. Dans la mesure où le test sociométrique a permis de déterminer précisément la position de chacun des individus dans la collectivité, il met en évidence les mauvais ajustements. En remédiant à ces derniers, on peut aider certains individus isolés à mieux s’intégrer au sein de la collectivité. Dans le cas de la collectivité de Hudson, remédier aux mauvais ajustements revient à changer de pavillon les individus ne parvenant pas à s’intégrer. Ainsi, on peut procéder à des « affectations thérapeutiques », ie changer les nouveaux venus de pavillon avant que  leur impuissance à s’intégrer soit trop forte[19]. Anna, par exemple, qui n’était pas bien très intégrée dans son pavillon est changée de pavillon suite aux tests sociométriques. Ce changement suscite alors un remarquable changement de son statut sociométrique. De plus, on constate un moindre nombre d’évasions à Hudson depuis les affectations thérapeutiques. La répartition des individus opérée selon une technique sociométrique peut donc servir à améliorer le moral d’une collectivité. Avant d’exclure quelqu’un d’une communauté, Moreno suggère donc de tenter son « intégration sociométrique ».

La technique de Moreno vise donc à placer les individus à un niveau aussi voisin que possible de leur « développement naturel ». Sa reconstruction des groupes sociaux, qu’il compare à une « thérapeutique », n’envisage donc le changement de l’individu qu’à la faveur de la réorganisation des groupes dont il fait partie.

L’apprentissage de la spontanéité 

La reconstruction de la collectivité passe aussi par un apprentissage de la spontanéité. Moreno organise alors à Hudson des jeux de scène. Il note le cas d’Elsa qui révéla aux autres, au cours de jeux de scène, certains aspects de sa personnalité.

Vers une « planification de la société »

La sociométrie peut être, d’après Moreno, très utile à ceux qui veulent créer un nouveau type d’organisation sociale. Il suggère ainsi que les expériences de Fourier et d’Owen auraient peut-être réussies si ces derniers avaient fait de la sociométrie…

Pour l’organisation expérimentale d’une nouvelle collectivité, il est nécessaire, d’après Moreno, de commencer par susciter en elle un certain état d’esprit comparable à un « climat de pionniers qui, seul, peut aider à naître une collectivité solide ». Doit venir ensuite le test sociométrique de population. Les projets de collectivité souhaités peuvent aussi aider le sociomètre à classer les populations. L’étape suivante consiste à sélectionner les individus qui feront partie de telle collectivité afin que cette dernière soit l’expression de « forces spontanées à l’œuvre au sein de la population ». Les individus choisis doivent donc constituer un « foyer d’harmonieuses inter-relations ».

Moreno soutient aussi que la sociométrie peut nous aider à « comprendre des relations conflictuelles comme celle qui a opposé les Allemands et les Juifs ». Ainsi, « quand on essaie d’introduire dans un groupe déterminé de nouveaux individus qui diffèrent du groupe par leur race ou par tout autre caractère, il arrive un moment où le groupe est saturé de ces éléments hétérogènes. Tant que le point de saturation n’est pas atteint, ces éléments peuvent être accueillis avec sympathie, mais dès que ce point est dépassé, les indiv et les groupes manifestent de l’anxiété, de la peur, de la jalousie, de la colère… ». Ce « point de saturation » lui permet alors de définir un « quotient racial »…

Conclusion

L’apport de Moreno à l’analyse des réseaux est important. Moreno est d’ailleurs considéré par Parlebas (1992) comme le fondateur de la sociométrie et la parution des Fondements de la sociométrie n’est qu’un premier pas avant d’autres initiatives comme la fondation par Moreno de la revue Sociometry deux ans plus tard.

La sociométrie morénienne repose sur une vision du monde peu académique. En prônant la « révolution « créatrice » », Moreno voit dans la sociométrie un moyen de construire un système social où tout le monde a sa place et auquel tout le monde, sans exception, puisse adhérer. Ainsi, à la question « qui doit survivre ? », qu’il pose en tête de son ouvrage, Moreno répond que chaque homme doit survivre. En réponse à Galton, fondateur de l’eugénisme, Moreno soutient vouloir créer le « sociogénisme », « art d’étudier et de préparer dans l’univers des conditions qui permettent à chaque être humain de vivre et qui n’interdit à aucun l’accès à la vie ». Et c’est ainsi que la sociométrie morénienne prétend ouvrir la voie à une « science de la paix »…



[1] 1889 et non 1892 comme l’écrit, dans certains de ses ouvrages, Moreno qui aime à se faire rajeunir de trois ans…

[2] Dans toute cette fiche de lecture, les expressions entre guillemets renvoient à des expressions de Moreno.

[3] Moreno reprend et dépasse par exemple la notion bergsonnienne d’ « élan vital » qu’il trouve insuffisamment développée chez Bergson. De plus, s’il retient de Freud le fait qu’il ait fait appel au patient, il lui reproche de ne pas avoir fait appel à la personnalité totale du sujet. Au lieu de remonter, comme Freud, aux expériences vécues, Moreno pense que c’est en portant intérêt sur le présent qu’il favorisera une libération complète du sujet. Moreno est aussi reconnaissant envers Bernheim qui a mis l’accent sur les relations interpersonnelles et a donc permis l’étude des groupes. Néanmoins, il lui reproche de ne pas avoir suffisamment envisagé l’individu au sein d’un collectif dans la mesure où, plus les groupes deviennent importants et plus les individus sont réduits, chez Bernheim, à des symboles. Qui plus est, s’il apprécie l’idée marxienne de planification, il reproche à Marx de ne pas considérer l’homme comme doué d’énergie psychologique. C’est en fait une synthèse entre Bergson, Freud, Bernheim et Marx que Moreno souhaite réaliser tout en s’inspirant et dépassant à nouveau les analyses de Leplay et de Galton (eugéniste).

[4] L’ambition de la sociométrie de Moreno dépasse alors un cadre purement méthodologique et permet de comprendre, comme nous le verrons, le titre original de l’ouvrage, Who shall survive ?

[5] Il soutient, par ex, que la sociométrie a connu un succès rapide aux EU car elle satisfait un besoin d’intégration progressive en vue d’une culture nationale commune. Il soutient aussi que la sociométrie pourrait aider à résoudre les tensions internationales.

[6] « Le principe qui est à l’origine de la sociométrie est le double principe de spontanéité et de créativité, non pas en tant qu’abstraction mais en tant qu’elles fonctionnent chez les êtres humains réels, dans leurs relations effectives. »

[7] Pour entrer en action, on a besoin de la spontanéité comme la Belle au Bois dormant a eu besoin du prince charmant pour sortir du sommeil. Cet exemple est de Moreno...

[8] Moreno précise bien que pratiquer la sociométrie exige des précautions : il est nécessaire, entre autre, de bien utiliser les techniques qu’il propose et de bien comprendre que théorie et technique sont ici indissociables.

[9] Moreno y a obtenu un poste de directeur de recherche. Son travail a été effectué avec la collaboration de son assistante Helen Jennings.

[10] D’après Moreno, la présence de « stars » laisse penser que si le nombre de choix permis lors de l’enquête avait été supérieur à 5, les stars auraient polarisées encore plus de voix et les jeunes femmes isolés auraient été aussi isolées.

[11] Moreno nomme le fait de laisser de côté l’  « effet sociodynamique ».

[12] Pourcentage d’intérêt pour le pavillon y = nb de fois où une personne du pavillon y est citée en réponse à la première question par les jeunes femmes du pavillon y / (nombre de choix par personnes (ie 5) nombre de résidentes dans le pavillon y)

[13] Pourcentage d’attraction du pavillon x = nombre de fois où une jeune fille du pavillon x est citée en réponse à la première question par des jeunes femmes ne résidant pas dans le pavillon x / (nombre de jeunes femmes ne résidant pas au pavillon x nombre de choix par personne (ie 5))

[14] Sous entendu à la première question. Cette précision vaut pour l’ensemble du paragraphe.

[15] L’analyse du sociogramme s’accompagne ici d’une observation de terrain.

[16] D’après Moreno, ceci s’explique par le fait que les « relations inter-raciales » sont motivées par un facteur sexuel justifiant que la proximité soit préférée à l’éloignement…

[17] En fait, il a fallu un élément déclencheur pour que ces femmes entrent en contact : le fait qu’une d’entre elles se soit fait prendre après une première tentative de fuite lui a permis de se mettre en relation avec d’autres femmes qui pensaient aussi à s’enfuir et a favorisé le départ d’autres femmes du réseau de ces dernières.

[18] Moreno suggère que ceci peut s’expliquer par le fait que l’incident s’est produit pendant les vacances et alors que l’école était fermée et certains circuits « temporairement coupés ».

[19] Moreno souligne bien que l’ »affectation thérapeutique » doit avoir lieu au bon moment : ni trop tôt car il faut que nouveau venu ait fait tous les efforts nécessaires pour s’intégrer, ni trop tard car en attendant on risque que l’individu devienne indifférent à tous. Moreno prétend que ce bon moment correspond au moment où l’individu demande spontanément à changer de pavillon.