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cycle de conférences
"Au fil du travail des sciences sociales"
Quelques réflexions sur la notion de classes populaires
Olivier Schwartz
jeudi 24 novembre 2005 à 18 heures
La rencontre a lieu en salle F08
Pour désigner les groupes sociaux occupant
les positions les moins élevées dans l'espace social, les
sociologues ont souvent recours à des notions comme "classes
populaires", "catégories populaires", "milieux
populaires"...Ces notions ont un intérêt sociologique
certain, mais les conditions de leur application à la société
française contemporaine méritent examen et discussion. L'objectif
de l'exposé sera de présenter quelques unes des questions
soulevées par la mise en oeuvre de ces notions.
Qui est Olivier Schwartz ?
Olivier Schwartz, né en 1951, agrégé
de philosophie, est aujourd'hui professeur de sociologie à l'Université
Paris V, et membre du CERLIS (Centre de recherche sur les liens sociaux).
Ses recherches portent principalement sur les classes populaires dans
la société française contemporaine. Il a publié
en 1990 Le
Monde privé des ouvriers (rééd. Paris, Puf,
coll. "Quadrige", 2002, 558 pages), où
sont présentés les résultats d’une enquête
ethnographique concernant les modes de fonctionnement des familles ouvrières
de l’ancienne région minière du Nord-Pas-de-Calais.
Il enquête aujourd’hui sur les conducteurs d’autobus
de la RATP (Régie autonome des transports parisiens).
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Olivier Schwartz :
une approche ethnographique des classes populaires
par Lise Bernard
(élève de l'ENS-LSH, agrégée de sciences économiques
et sociales)
Professeur de sociologie à l’université de Paris V, Olivier Schwartz a enquêté
sur des « terrains » divers en plaçant les méthodes ethnographiques
au cœur de sa démarche intellectuelle. Ses travaux montrent incontestablement
la fécondité de telles méthodes en sociologie.
C’est tout d’abord une insertion personnelle de longue durée (cinq années)
dans la région minière du Nord de la France, racontée dans Le monde
privé des ouvriers [1] , qui a permis au sociologue de
mieux comprendre les attentes des ouvriers à l’égard de la famille. En
établissant une communication régulière et approfondie avec des ouvriers
et ouvrières de la région, Olivier Schwartz est parvenu à gagner leur
confiance et, par là, à accéder à une partie de leur intimité. Ainsi,
le sociologue a pu mettre en évidence que l’univers ouvrier est marqué
par une « intrication du plus ancien et du plus contemporain »
et que cette imbrication se retrouve au sein même de la famille. Dans
un univers où la persistance de l’assujettissement au travail va de pair
avec des évolutions caractéristiques du monde ouvrier contemporain, comme
une tendance à l’effritement des collectifs, la famille semble aussi à
l’entrecroisement de plusieurs chemins. L’accroissement du chômage, l’extension
de la précarité et la fuite des espaces collectifs par les ouvriers en
ascension sociale comme par les plus fragilisés par la crise, ont pu favoriser
un repli sur la famille qui apparaît alors comme une valeur refuge et
protectrice en permettant notamment de se construire un espace « à
soi », une vie privée. Le maintien d’une définition traditionnelle
des identités sexuelles accompagnant une nette division des rôles entre
hommes et femmes, ainsi que la forte exigence de loyalisme familial, n’excluent
pas le développement de valeurs plus « modernes » comme un certain
souci de soi, pouvant passer par une revendication du droit au désir.
La famille apparaît alors à la fois comme un espace de cohésion mais aussi
comme un lieu de tensions et de conflits. Tout en mettant en évidence
que les modes de vie ouvrier n’ont rien d’immuable, ce livre insiste sur
la persistance de positions dominées dans le travail, économiquement et
socialement vulnérables, dans la France contemporaine.
C’est une autre insertion de longue durée qui est à l’origine des analyses
d’Olivier Schwartz sur la complexité des mouvements sociaux contemporains.
Son enquête ethnographique menée au sein des dépôts d’autobus de la RATP
apporte un éclairage nouveau sur le mouvement social de décembre 1995
et sur le rôle du militant syndical.
L’entretien de rapports réguliers avec des chauffeurs d’autobus a permis
au sociologue de mieux comprendre la place à accorder à la question corporative
dans le mouvement social de décembre 1995 [2] . En insistant sur les divisions
internes au mouvement, Olivier Schwartz montre, à rebours d’autres analyses,
que le mouvement de décembre 1995 est loin d’être univoque : si la
défense du régime de retraites lui donne un caractère corporatiste, cet
attachement à la retraite ne doit pas être uniquement interprété comme
une défense égoïste d’acquis. Certains grévistes déclarent, en effet,
se mobiliser pour des questions plus larges : certains témoignent
leur attachement à la défense de leur statut et du service public, d’autres
veulent défendre une entité salariale plus importante, incluant les ouvriers
et employés du privé. C’est bien ici une approche ethnographique attachée
à mettre en évidence la diversité des points de vue qui permet de mieux
comprendre l’hétérogénéité et la complexité de ce mouvement social.
Le sociologue met aussi en évidence une évolution du rôle de certains acteurs
du syndicalisme contemporain [3] . Dans un monde du travail où la précarité et
le chômage dissuadent le passage à l’action collective, le secteur public
semble le secteur le plus propice à l’essor de mouvements sociaux. L’existence
de statuts protecteurs et de syndicats puissants peut en effet laisser
croire que l’action collective est une « seconde nature » du
secteur public. Or, Olivier Schwartz constate que les grèves peu suivies
sont en fait assez fréquentes. Qui plus est, il souligne que la pérennité
d’un mouvement social est toujours menacée par le risque de fractures
internes. La division peut, en effet, très bien régner dans un dépôt de
la RATP qui ne laisse paraître, aux observateurs extérieurs, qu’une impression
d’unité. Olivier Schwartz note alors que les militants syndicaux, confrontés
à des situations de tensions, sont aujourd’hui davantage enclins que par
le passé à prendre au sérieux les divergences interindividuelles. Cette
évolution du rôle du militant syndical s’inscrit dans un phénomène plus
large : c’est la pénétration, y compris dans les fractions les plus
modestes du monde du travail, des évolutions culturelles conduisant à
la revendication de l’autonomie individuelle qui amène, entre autre, les
militants syndicaux à être non plus seulement des « leaders »
mais aussi des « médiateurs ».
Olivier Schwartz a accompagné ses travaux empiriques d’une réflexion sur
la notion de « classes populaires » [4] . Si nombreux sont les sociologues
soutenant que la notion de « classe ouvrière » n’est plus à
même de bien décrire le monde ouvrier contemporain, la notion de « classes
populaires » demeure, quant à elle, souvent utilisée. Cette catégorie
ne va t’elle pas, pourtant, sans soulever certaines difficultés ?
Tout en rappelant la persistance de clivages sociaux importants, Olivier
Schwartz souligne que les « classes populaires » ont connu,
au cours de ces dernières décennies, des transformations décisives
ayant suscité un élargissement de leurs univers de vie. En effet, divers
processus acculturatifs, comme l’accès à la propriété, qui s’est développé
depuis les années 1950, la massification scolaire, ou encore l’essor des
emplois de services, qui a contribué à développer les interactions avec
le monde extérieur, ont favorisé un désenclavement des « classes
populaires » contemporaines. Ces constats conduisent alors Olivier
Schwartz à réfléchir aux implications de telles évolutions pour l’analyse
sociologique des groupes dominés…
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